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deviner : vous ne dites jamais rien. Bonjour, Nastia ! Toute ma marmaille te salue ; nous parlons de toi tous les jours... Et, maintenant, un grand salut au maître ! J’arrive tout droit de la ville, Votre Noblesse... Mais voici sûrement votre neveu qui était à l’Université ? Tous mes respects, Monsieur ; voulez-vous m’accorder votre main ?

Un rire se fit entendre. Il était visible que le vieillard bouffonnait. Son entrée avait ranimé la compagnie bien que plusieurs des assistants ne comprissent pas ses sarcasmes qui, pourtant, n’épargnaient personne. Seule, l’institutrice, qu’à ma surprise il avait tout simplement appelée Nastia, rougissait et fronçait les sourcils. Je retirai ma main ; le vieux n’attendait que cela.

— Mais, je ne vous la demandais que pour la serrer si vous le permettez et non pour la baiser, mon petit père. Vous croyiez que c’était pour la baiser ? Non, mon petit père, seulement pour la serrer. Peut-être me prenez-vous pour un bouffon ? demanda-t-il d’un ton moqueur.

— N... n... non... Que dites-vous ? Je...

— Si je suis bouffon, je ne suis pas seul. Vous me devez le respect et je ne suis pas aussi lâche que vous le pensez. D’ailleurs, peut-être suis-je un bouffon. Je suis en tout cas un esclave ;