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imaginez-vous que mon cher oncle est à ce point dévoué aux sciences qu’il a déniché en chemin un miraculeux adepte de la philosophie pratique, un certain Korovkine et, après tant d’années de séparation, son premier mot fut pour m’annoncer l’arrivée prochaine, et attendue avec une impatience presque convulsive, de ce phénomène... Amour de la science !...

Et je me mis à rire, croyant déchaîner un rire général en hommage à mon esprit.

— Qui ça ? De qui parle-t-il ? s’informa la générale auprès de Mlle Pérépélitzina.

— Yégor Ilitch a invité des savants ; il se fait voiturer au long des chemins pour en récolter ! répondit la demoiselle en se délectant.

Mon oncle fut complètement déconcerté. Il me jeta un regard de reproche et s’écria :

— Ah ! mais j’avais tout à fait oublié ! J’attends en effet Korovkine. C’est un savant, un homme qui marquera dans le siècle...

Il s’arrêta, la parole lui manquait. Ma grand-mère agita la main, et cette fois, elle parvint à atteindre une tasse qui chut par terre et se brisa. L’émotion fut générale.

— C’est toujours comme ça quand elle se met en colère ; elle jette quelque chose par terre, me