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si nous joignons à ces flammes la dent des Iroquois qui en fît un holocauste parfait. Pour ce qui regarde M. Brigeart, ils le firent pareillement brûler, mais Dieu voulut le favoriser d’une croix beaucoup plus cruelle dans la mort, où il souffrit prodigieusement et où il endura d’une façon admirable comme vous l’allez voir. Ces cruels l’ayant fort bien guéri, à force de le bien traiter pour le mettre en état de leur donner plus de plaisir, en le rendant capable des plus horribles souffrances, aussitôt qu’ils le virent en bon point et entièrement remis des grandes plaies qu’il avait reçues au combat, ils commencèrent son supplice afin de lui faire payer la mort de leur capitaine aussi chèrement qu’ils pourraient. Ils lui arrachaient les ongles, lui arrachaient les bouts des doigts et les fumaient ensuite, ils le coupaient tantôt dans un endroit tantôt dans un autre, ils l’écorchaient, le chargeaient de coups de bâton, lui appuyaient des tisons et des fers chauds sur sa chair toute nue, enfin ils n’épargnèrent rien pendant 24 heures que le supplice dura, durant lesquels voyant son admirable patience,ils en enrageaient, forgeaient de nouveaux moyens pour le faire souffrir davantage, lui au milieu de ces tourments atroces ne faisait que prier Dieu pour leur conversion et salut, ainsi qu’il avait promis à Dieu de le faire se voyant sur le point d’entrer dans ces tortures, comme il l’écrivait lui-même en ces temps-là au Revd. P. Lemoine qui était dans une autre nation Iroquoise. M. Cusillasier qui avait lors sa vie assurée fut merveilleusement surpris d’un tel prodige de patience et vertu qu’il voyait dans la mort de cet homme de bien. Les Iroquois qui en étaient les bourreaux, en étaient si hors d’eux-mêmes qu’ils ne savaient qu’en dire ; au reste, quand à nous, nous nous étonnerons moins si nous faisons réflexion sur sa vie et sur le dessein qui l’a fait venir en ce pays, puisque sa vie était fort sainte et qu’il n’était venu ici pour autre intention, qu’afin d’y offrir à Dieu un pareil sacrifice, y risquant sa vie pour son amour, en assistant les habitants de ce lieu où ils étaient si exposés ; mais passons outre pour venir au combat du 7 février, qui nous ravit notre illustre major par la lâcheté d’un Flamand qui était son domestique, lequel l’abandonna, ce qui donna beaucoup de cœur aux ennemis qui le tuèrent lui quatrième, sans que ses deux pistolets lui manquèrent, il eut changé la fortune du combat où quelques-uns eussent porté de ses marques, d’autant qu’il était extrêmement bon pistolier et que sa générosité lui donnait une grande présence d’esprit parmi les coups dont il n’était nullement troublé. Ce malheur lui arriva premièrement à cause de ce qu’il allait secourir des gens attaqués, selon son bon zèle ordinaire, laquelle action étant délaissée par ce pagnotte que nous