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de l’année 1661 jusqu’a l’automne 1662, au départ des vaisseaux du Canada.


Il s’est fait pendant le cours de cette année plusieurs combats où nous avons perdu beaucoup de monde et qui nous ont été très funestes ; le premier, qui fut le 25 octobre, se passa comme je vais dire : — M. Vignal, prêtre de cette communauté, ayant demandé congé à Mr. de Maison-Neufve de mener des hommes à l’Ile à la Pierre, afin de faire tirer des matériaux pour parachever cette maison où sont présentement logés les Ecclésiastiques qui servent cette Isle, il en obtint la permission avec peine, parce que M. de Maison-Neufve craignait qu’ils ne trouvassent quelques embuscades en ce lieu, à cause qu’il y avait travaillé le jour précédent, ce qui ne manqua pas d’arriver ; sur quoi il est à remarquer que pour éviter d’être ainsi attrapé, rarement on allait deux fois de suite en un endroit lorsque les ennemis étaient à craindre. Pour revenir à feu M. Vignal, aussitôt qu’il eut le congé, il ne songea qu’à s’embarquer promptement, sans se mettre en peine des Iroquois ; même en allant, quelqu’un lui ayant dit qu’il croyait voir des canots le long de la grande terre et de l’Islot, il ne le put persuader et s’imagina que c’étaient des orignaux ; d’abord qu’il furent à l’Islot, les voilà à terre, où ils s’en allèrent de chacun son bord, comme pour se dégourdir, sans prendre des armes ni penser à aucune découverte ; M. Brigeart même qui avait le commandement en cas d’attaque y arriva le dernier, parce qu’il avait reçu son ordre un peu tard et qu’il n’avait pu joindre ce monde parce qu’il allait trop vite ; pendant que quelques-uns se promenaient pour se dégourdir du bateau, comme nous avons déjà dit, les autres plus diligents se mirent à ramasser de la pierre, et un autre qui ne fut pas le moins surpris alla vaquer à ses nécessités, se mettant au bord de l’embuscade des ennemis auxquels il tourna le derrière ; un Iroquois indigné de cette insulte, sans dire mot le piqua d’un coup de son épée emmanchée, cet homme qui n’avait jamais éprouvé de seringue si vive ni si pointue fit un bond à ce coup en courant à la voile vers nos Français qui incontinent virent l’ennemi et l’entendirent faire une grosse huée, ce qui effraya tellement nos gens, dont une partie n’était pas encore débarquée, que tous généralement ne songèrent qu’à s’enfuir, hormis le Sieur Brigeart, lequel se jetta à terre et se mit à crier et appeler les Français, lesquels vraisemblablement s’oublièrent de leur ordinaire bravoure et ne le secondèrent pas ; que s’ils l’eussent fait, les Iroquois étaient défaits. Le Sieur Brigeart quoique seul, les empêcha tous pendant quelque