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de temps a près, ce qui fut au mois d’aoûtt du moine 1640[1] ; cela donna un grand contentement aux nouveaux associés lesquels pour une marque de leur extraordinaire confiance en Dieu avaient dès le printemps avant l’accomplissement de cette affaire envoyé au R. P. Lejeune, lors recteur de Kébecq, vingt tonneaux de denrée outils et autres choses, afin qu’il prit la peine de leur les faire conserver pour l’an suivant : M. de la Doversière était retourné de Viennois, après cette heureuse négociation, on commença lors de travailler tout de bon à chercher les moyens de faire un grand embarquement pour l’an 1641, mais si pour résister en ce lieu aux incursions des sauvages, on avait besoin de gens soldats et résolus, on avait encore plus besoin d’un digne chef pour les commander, ce que représentant quelque temps après M. de la Doversière au P. Charles Lallemand, ce bon père lui dit : « Je sais un brave gentilhomme Champenois nommé M. de Maison-Neufve, (Paul des Chaumedy sieur des Maison-Neufve) qui a telle et telle qualité lequel serait possible bien votre fait et commission. » Il vit que M. de la Doversière désirait de le connaître, il lui dit son auberge afin qu’il put le voir sans faire semblant de rien, ce qu’il fit fort adroitement et sans qu’on s’aperçut des desseins qu’il avait ; parce-qu’il alla tout simplement loger dans cette auberge comme s’il n’eut eu d’autre envie que d’y prendre ses repas, et parla ensuite publiquement de l’affaire de Montréal qui était sur le tapis, afin de voir si cela ne lui donnait point lieu d’entrer en quelque conversation sur ce fait avec M. de la Maison-Neufve, ce qui lui réussit fort bien, car M. de la Maison-Neufve ne se contenta pas dans la conversation de l’interroger plus que tous les autres ensemble sur le dessein proposé, mais outre cela, il le vint par après trouver dans le particulier, afin de lui dire qu’il serait bien aise pour éviter les débauches de s’éloigner et que s’il pouvait servir à son dessein, il s’y offrait volontiers, qu’il avait telle et telle qualité, qu’au reste il était sans intérêt et avait assez de biens pour son peu d’ambition, qu’il emploierait sa vie et sa bourse pour cette belle entreprise sans vouloir autre chose que l’honneur de servir Dieu et le roy son maitre, dans l’état et profession des armes qu’il avait toujours portées. M. de la Doversière l’entendant parler d’un langage si chrétien et résolu en fut tout charmé. Il le reçut comme un présent de la providence divine laquelle voulait accomplir son

  1. M. Faillon dit à ce sujet : « M. de Lauson cédant aux instances de M. de la Dauversière qui fit, à cette fin, deux fois le voyage de Dauphiné, substitua à M. Ollier et ses associés à sa place par contrat passé à Grenoble le 17 août 1640 et approuvé par la grande compagnie dont il deverit la concession de l’Isle de Montréal au mois de décembre suivant. »