Page:Dollier de Casson - Histoire du Montréal, 1640-1672, 1871.djvu/88

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


assister Mr. de Maison-Neufve, par toutes les belles lumières dont il était avantagé et dont il usa très-favorablement pour tout le pays, où il a eu l’honneur de plusieurs commandements comme celui du Montréal en 45 et 46 en l’absence de Mr. de Maisonneufve, et même celui de tout le pays pendant quatre années ; trois desquelles étaient par commission du roi et la quatrième après quelque intervalle, pour suppléer et remplir la place de Mr. d’Argenson lequel ne vint pas en ce pays-là, première année de la commission ; sa mort fut fort chrétienne comme avait été sa vie, nous n’avons rien qu’elle nous oblige de dire en particulier si ce n’est que que nous avons oublié d’exprimer touchant sa personne lorsqu’il vint dans ce pays, qui est sa vocation pour le Montréal laquelle fut de la sorte. Deux ans durant, il fut pressé par des mouvements intérieurs à passer dans la Nouvelle-France, mais madame sa femme qui trouvait la proposition de ce trajet si éloignée de son esprit qu’elle ne pouvait en entendre la moindre parole sans le tenir pour extrêmement ridicule, surtout à cause qu’elle était toujours malade. Cependant le directeur de Mr. d’Aillebout ne rebutait point la pensée qu’il en avait, conduisait aussi madame sa femme et lui en parlait parfois, ce qui lui faisait beaucoup de peine, disant, que c’était une chose même à ne pas penser dans l’état où elle était, son Directeur lui dit que si Dieu le voulait, il la mettrait en état de le faire ; ce qu’il fit bientôt après, la guérissant lorsqu’elle croyait bientôt aller mourir, ce qui se fit si promptement et d’une manière si extraordinaire qu’elle et tous ses amis, ne doutèrent point que ce fut une faveur singulière du ciel ; mais après tout, elle n’avait pas envie de passer la mer sans qu’à la fin Dieu la changea par une réflexion qu’elle fit à ce propos, disant si mon mari y est appelé, j’y suis appelé aussi, parcequ’étant sa femme je le dois suivre. Cette pensée la fit aller trouver son mari et le père Marnard, le directeur de l’un et de l’autre ; cet homme, joyeux de voir le tout résolu aux désirs de Mr. d’Aillebout les fit voir an père Charles Lallemand qui ne jugeant pas à propos de les envoyer comme particuliers, leur procura l’union avec Messieurs du Montréal en la compagnie desquels ils furent reçus avec beaucoup de joie, et peu de temps après, ils partirent pour venir ici : à leur départ, ils entendirent la messe de Mr. Gauffre qui y devait venir évêque, fondant l’évêché de son propre bien, mais la mort l’a donné au ciel en privant ce lieu du bonheur de posséder un aussi grand homme. Je n'ai plus rien à remarquer sur cette année-ci, ce n’est la mort de Mr. de la Doversière qui décéda peu après avoir mis nos bonnes hospitalières sur la mer ; apparemment Dieu l’avait conservé jusqu’à ce temps là pour lui laisser les moyens de coopérer à cet ouvrage qu’autant