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ont eu la bénédiction que nous voyous, sur quoy il est bien à remarquer que Dieu ayant le dessein de donner dans un certain temps pour lors connu à lui seul toute cette Isle au Séminaire de St. Sulpice, il en souhaita toucher le premier argent par les mains de son très-digne fondateur et premier supérieur, afin de la lui engager en quelque façon et lui donner des assurances qu’il s’y voulait faire servir un jour par ses enfants ; après cela, ils ne doivent pas craindre au milieu des tempêtes, ils n’en seront pas abattus puisque Dieu est leur soutien ; et que pour le paiement de toutes les grâces qu’il a voulu verser sur cet ouvrage par leur moyen, il en a voulu recevoir les autres par des mains qui lui étaient aussy agréables que celle de feu M. Hollie ; mais reprenons le fil de notre histoire et faisons revenir M. de la Doversière trouver son cher baron de Fauquand et exprimons si nous pouvons, la joie avec laquelle il lui dit ce que nous venons de rapporter au sujet de M. Holié ; exprimons si nous pouvons l’allégresse de cet illustre baron en voyant une telle merveille, ensuite voyons ces trois premiers associés dans leur première entrevue, et exprimons si nous pouvons leurs tendres embrassades mélangées de larmes et soupirs. Après disons que Dieu donne bien parfois de la joie à ses serviteurs, disons que chez les grands de ce monde rien ne se trouve de pareille, disons enfin que le lien amoureux formé par le St. Esprit entre ces trois associés ne se rompera pas aisément, qu’il sera fort, pour amener de puissants secours et faire entreprendre des merveilles dans l’Isle de Montréal ; mais voyons un peu comme Dieu les conduit pour la réussite de ce dessein ; il fallait avant toutes choses qu’ils se rendissent les maîtres du lieu que la providence les faisait envisager, mais pour y parvenir, il était nécessaire auparavant, de traiter avec M. de Lauzon [1] auquel cette terre avait été donnée, c’est ce dont s’acquitta quelques mois après avec beaucoup de vigilance et de soin le sieur de la Doversière, qui ne négligeait aucune chose à l’égard de cette affaire que le ciel lui avait commise ; pour cela, il s’adressa au R. P. Charles Lallemand, qui fut si convaincu après l’avoir ouï que ce dessein était de Dieu qu’il se résolut de demander la permission d’aller avec lui trouver M. de Lauson dans le Lionnais, où il était alors, afin de mieux négocier la chose ; zèle à qui Dieu donna une telle bénédiction que le traité de cette Isle se fit et se passa dans la ville de Vienne peu

  1. Il signait Jean de Lauson, on a son autographie ; il était alors intendant de Dauphiné et fut gouverneur du Canada de 1651 à 1656, qu’il partit tard dans l’automne sans attendre son successeur. Sa commission n’expirait que le 16 janvier 1657. Il laissa pour commander à sa place M. Charles de Lauson de Charny l’un de ses fils frère du Sénéchal. — J. Viger.