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ce qu’on lui écrivait était véritable, il parla à cette demoiselle comme si on eut voulu abuser le monde, mais alors elle lui dit : “Mon père vous avez été mal informé car tant s’en faut que ma chute doive diminuer l’estime du miracle opéré sur moi ; elle la doit augmenter car je devrais m’être cassé et disloqué le bras, au reste, mon père, voyez si le miracle de Paris n’est pas véritable, il subsiste encore, regardez encore et en portez votre jugement.” Ce bon père s’approcha et ayant témoigné la vérité, il dit tout haut : “ Ah ! j’écrirai à celui qui m’a fait la lettre qu’il faut respecter ceux que Dieu veut honorer, il en a voulu faire connaître son serviteur, il ne faut pas aller contre sa volonté, il faut lui rendre ce que Dieu veut que nous lui rendions.” Voilà ce qui se passa dans la ville de La Rochelle où Mlle. Mance trouva la bonne Sœur Marguerite Bourgeois, de laquelle nous avons parlé ci-devant ; elle l’avait accompagnée dans son voyage en France afin de l’assister dans son infirmité. Quand à son retour Mlle. Mance avait trouvé bon qu’elle se rendit la première à La Rochelle avec une compagnie de 32 filles qu’elle amena avec elle pour le Montréal, auquel cette bonne sœur a servi de mère pendant ce voyage, pendant toute la route, et même jusqu’à ce qu’elles aient été pourvues ; ce qui nous fait dire qu’elles ont été heureuses de tomber en de si bonnes mains que les siennes. Au reste, il faut que je dise encore un mot de cette bonne fille bien qu’elle ne soit pas trop approuvée ; c’est qu’un homme riche et vertueux de la compagnie lui voulant donner en ce voyage du bien pour l’établir ici, elle ne voulut l’accepter, appréhendant que cela ne fit tort à cet esprit de pauvreté qu’elle conserve si religieusement ; Dieu, sans doute, lequel fait plus par ces personnes détachées que par les efforts des plus riches, favorisera de ses bénédictions cette amatrice de la pauvreté. Mais revenons aux religieuses de la Flèche auxquelles Mlle. Mance et la compagnie avaient écrit tout ce qui s’était passé et qui étaient demeuré d’accord que trois filles de cette maison ou de celles de ses dépendances iraient cette année-là au Montréal pour l’exécution de ce dessein. Le printemps étant venu, Mlle. Mance écrivit à ces Religieuses,leur donna le rendez-vous à Larochelle et envoya pareillement une lettre à Mr. de la Doversière qui les devait mener à leur embarquement, donnait avis aux uns et aux autres qu’elle ne manquerait pas de s’y rendre par une autre voie qu’elle leur marqua. Les religieuses de la Flèche sur cet avis, afin de se rendre prêtes au temps qu’on leur marquait, firent venir au plus tôt de leurs maisons du Beaugé et du Ludde les sœurs Mace, de Bressolles, Meillost, qui étaient les trois victimes désignées pour le Canada qui se rendirent pour cet effet promptement et avec joie à leur