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elle lui demanda où était son corps et son cœur qu’on lui avait dit être enchassé séparément, qu’elle eut bien souhaité rendre ses respects a l’un et à l’autre ; Mr. de Breton-Villiers lui dit que son corps était dans la chapelle, qu’il avait son cœur dans sa chambre, et qu’elle vint le jour de la Purification dans le temps que messieurs les ecclésiastiques seraient à l’Église, qu’alors ils la feraient entrer dans la chapelle, parce qu’il ne voulait pas la faire venir devant tout le monde, d’autant que les femmes n’avait pas coutume d’y aller, si elle y entrait publiquement, les autres en recevraient de la peine, quant à lui, il y dirait la messe et lui apporterait le cœur de feu Mr. Ollier. Le jour arrivé, elle vint à l’heure donnée, aussitôt qu’elle fut entrée dans le séminaire, il lui vint à l’esprit que feu Mr. Ollier lui pourrait bien rendre la santé ; incontinent qu’elle reconnut ce qu’elle pensait, elle voulut l’éloigner comme une tentation, mais chassant cette pensée, il lui en vint de plus fortes ce qui lui fit dire qu’encore qu’elle ne les méritât, ce serviteur de J. C. pourrait bien obtenir cette faveur et même de plus grandes. Marchant vers la chapelle en s’entretenant de la sorte, elle vit Mr. Ollier, aussi présent à son esprit qu’on le pouvait avoir sans vision ; ce qui lui fit ressentir une joie si grande pour les avantages que ses vertus lui avait acquises, que voulant ensuite se confesser, elle avoue qu’il lui fut impossible de le faire et qu’elle ne put dire autre chose à son confesseur sinon : “ Mr., je suis saisie d’une telle joie que je ne puis vous rien exprimer.” Cette satisfaction lui dura pendant toute la messe et fut accompagnée d’une certitude intérieure que Dieu la guérirait par l’entremise de son serviteur. Après que la messe fut dite, voyant que Mr. de Breton-Villiers était pressé pour l’église à cause des cérémonies du jour, elle lui dit : « Donnez-moi un peu ce cœur que vous m’avez promis, il ne m’en faudra pas davantage pour ma guérison. » D’abord il le lui atteignit et la quitta en lui marquant le lieu où elle le mettrait par après. D’abord elle le prit tout pesant qu’il était à cause du métal où il était enfermé et du petit coffret de bois où le tout était enchassé et elle l’appuya sur son écharpe à l’endroit de son plus grand mal qui ne pouvait être approché auparavant de la moindre chose. Or ayant appuyé ce petit coffret sur son bras, tout empêché qu’il était de plusieurs et et différents linges attachés d’une multitude d’épingles, elle se mit à admirer et se conjouir des trésors qui avaient été enfermés dans ce cœur et soudain voilà qu’une grosse chaleur lui descend de l’épaule et lui vint occuper tout le bras qui passa dans un instant d’une extrême froideur à cet état qui lui est si opposé. En même temps, toutes les ligatures et enveloppes se défirent d’elles-mêmes, son bras se trouva libre, et se voyant guéri elle commença à faire