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jour vos maîtres et vous leur obéirez, vous avez beau faire les méchants ; ” Les Iroquois disent que cette voix se faisait entendre de temps en temps le jour et la nuit à eux, que cela leur faisant peur et les importunant, tantôt ils la mettaient dans un endroit et tantôt dans un autre ; que même parfois, ils mettaient quelque chose dessus pour l’empêcher de se faire ouïr, mais qu’ils ne gagnaient rien, qu’enfin ils l’écorchèrent et en jetèrent le crâne de dépit, que toutefois, ils ne laissaient pas d’entendre la voix du côté où ils mettaient la chevelure, que si cela est, comme il n’y a pas d’apparence que ceci soit une fiction sauvage, il faut dire que Dieu sous les ombres de ce mort voulait leur faire connaître en leur faisant ces reproches ce qui a arrivé depuis, que si on en veut douter, je donne la chose pour le même prix que je l’ai reçue de personnes dignes de foi, entre lesquelles je puis dire que la dernière qui m’en a parlé et qui me dit l’avoir ouï de la propre bouche de ces Iroquois. est un homme d’une probité très-avancée, qui entend aussi bien la langue sauvage que je puis faire du Français ; cela étant, j’ai cru devoir vous rapporter la chose dans l’ingénuité qu’on y peut remarquer et je croirais manquer si je la laissais dans l’obscurité du silence. Depuis ce désastre arrivé, on recommença mais un peu trop tard à se mettre sur ses gardes et à ne pas souffrir les Iroquois plus proche que la portée du fusil, ce qui fit qu’ils gagnèrent fort peu sur nous le reste de cette année, et que tout ce qu’ils firent tourna à leur désavantage. Le petit printemps nous fournit une histoire qui mérite d’avoir ici son lieu et sa place ; ce fut l’arrivée de 50 Français, lesquels arrivèrent ici le 3 avril sons le commandement de Mr. Dupuys, à la conduite des RR. PP. Jésuites qui avaient été obligés de quitter la mission de Onontahi crainte d’être cruellement brulés par ces barbares ; plusieurs de leurs gens moins disposés à ce genre de mort et à toute autre qu’il plairait à la providence d’envoyer, en eurent une telle frayeur qu’ils n’en furent guéris qu’à la vue du Montréal, lequel a fait plusieurs fois de semblables miracles ; au reste tout ce monde arrivé on tâcha de leur faire les meilleures réceptions qu’il fut possible et pour tâcher d’y réussir, on les sépara et on mit une partie au château et l’autre en cette communauté, à laquelle on accorda la grâce d’y précéder les RR. PP. Jésuites ; depuis cette flotte arrivée ici, il ne se passa rien qui mérite d’être écrit jusqu’aux nouvelles de France, lesquelles apprennent que le tonnerre qui avait menacé l’an dernier nos quatre missionnaires comme nous avons vu, avait fait grand bruit en plusieurs endroits du royaume, ce qui fit que Mr. l’abbé de Quélus quitta Québec pour venir consoler le Montréal de sa présence, et il y vint demeurer au grand contentement de tout le