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Mlle Mance monta la première. Mais il y eut bien des difficultés à faire marcher ses soldats, d’autant qu’on ne voulait pas les laisser aller sans que M. de Maison-Neufve dit qu’il les voulait avoir et qu’ils avaient trop coûté à la compagnie du Montréal pour en laisser aucun après lui ; ayant un poste aussi dangereux que celui qu’il avait à défendre, ce qu’il y avait de plus fâcheux eu ceci était qu’on lui devait fournir des barques, et on ne lui en voulait point donner. A la fin il en trouva, et après avoir envoyé tout son monde,[1] il les suivit, ne voulant aller que le dernier de tous pour ne laisser personne après soi.

De l’automne 1653 jusqu’à l’automne 1654 que les vaisseaux partirent du Canada.


Aussitôt que les troupes de l’an précédent furent arrivées, on commença à travailler de faire l’église de l’hôpital et accroître ses bâtiments, on réussit si bien à l’un et à l’autre que tout se fit avec diligence, M. de Maison-Neufve n’avait amené que de bons hommes pleins de cœur et d’adresse à faire ce que son cœur commandait. La nécessité de ces travaux, n’empêcha pas M. de Maison-Neufve de donner la permission à ces gens-là de se marier, à quoi donna un bon et heureux exemple le sieur Gervais, lequel a aujourd’hui une famille fort nombreuse qui a le privilège de marier avec le bas âge la vieillesse des mœurs ; c’est une famille de condition et de bonne odeur à tout le pays où la richesse de la vertu prévaut celle des biens de ce monde. Les bâtiments, la culture des terres et les mariages, n’empêchaient pas qu’en ce lieu, on se tint si bien sur ses gardes, que les ennemis y avaient bien de la peine à nous y insulter. Nous commençâmes dès lors à leur imprimer une certaine frayeur qui leur empêchait de s’avancer si avant dans nos desseins qu’ils le faisaient autrefois. Ce qui donna la liberté à Mlle. Mance de se retirer un petit printemps à l’hôpital qu’elle avait été obligée de quitter depuis quelques années et dont depuis elle n’a pas été contrainte de sortir pour la crainte des ennemis, qui l’y ont laissé jusqu’à présent en paix, afin de bénir Dieu qui lui a donné l’inspiration de contribuer comme elle a fait au secours de l’an dernier, où en sacrifiant une partie elle avait aidé à sauver le total, non seulement du Montréal, mais aussi de l’hôpital et de tout le pays ensemble. Qui sait la désolation où il était lorsque ce

  1. M. de Maison-Neufve parait avoir amené en 1653, plus de 100 soldats recrutés en France.