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gulièrement à connaître par celui du Montréal dont elle forma les desseins dans l’esprit de plusieurs d’une manière qui faisait dans le même temps voir au Dieu une bonté très grande pour ce pays, auquel elle voulut lors donner ce poste comme le bouclier et le boulevard de sa défense, une sagesse non pareille pour la réussite de ce qu’elle y voulut entreprendre n’admettant rien de ce que la prudence la plus politique eut pu requérir ; une puissance prodigieusement surprenante pour l’exécution de cette affaire, faisant de merveilleuses choses en sa considération ; tous les habitants de la Nouvelle-France savent assez combien il leur a valu d’avoir ce lieu avancé vers leurs ennemis pour les arrêter et retenir dans leurs considérables descentes. Ils n’ignorent pas que très-souvent, cette isle a servi de digue aux Iroquois pour arrêter leur furie et leur impétuosité ; se dégoûtant de passer plus outre, lorsqu’ils se voyaient si vigoureusement reçus dans les attaques qu’ils y faisaient, et la suite de cette histoire fera tellement toucher au doigt combien le Canada lui est obligé de sa conservation, que ceux qui sauront par leurs propres expériences la sincérité et vérité de ce discours, béniront en le lisant mille fois le ciel d’avoir été assez bon pour prendre et concevoir le dessein d’un ouvrage qui lui est si avantageux ; que si la bonté de Dieu a paru visiblement en cette entreprise, sa sagesse et toute puissance n’y ont pas brillé avec moins d’éclat, étant vray qu’il est impossible de repasser dans son esprit toutes les choses qui se liront dans l’année, dont nous parlons sur le sujet de Montréal sans admirer partout ces perfections diverses qui concouraient tellement l’une avec l’autre au dessein duquel nous traitons, qu’il paraissait clairement que cet ouvrage n’appartenait pas aux hommes mais seulement à la sagesse de Dieu et à son pouvoir infini mus par sa seule bonté, à en agir de la sorte ; mais voyons un peu comme ces deux attributs divins de la sagesse et de la puissance s’assistèrent l’un à l’autre afin d’enfanter et de mettre au monde cet ouvrage. La Providence de Dieu voulant rendre cette isle assez forte pour être la frontière du pays, et voulant du reste la rendre assez peuplée pour y faire retentir les louanges de son créateur, lequel y avait été jusqu’alors inconnu, il fallait qu’elle jetta les yeux sur plusieurs personnes puissantes et pieuses afin d’en faire une compagnie qui entreprit la chose car la dépense devait en être grande, elle eut été excessive si plusieurs personnes puissantes et de qualité, ne se fussent réunies pour cet effet, et l’union n’aurait pas longtemps duré si elle n’avait été entre des personnes pieuses détachées du siècle et entièrement dans les intérêts de Notre Seigneur, d’autant que cette association se devant faire sans espoir de profit et en ayant encore même aujourd’huy