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moins 100, je ne reviendrai point, et il faudra tout abandonner, car aussi bien la place ne serait pas tenable.” Mlle Mance ayant eu ses nouvelles et ayant donné ordre aux affaires de France, vint promptement au Montréal afin de lui faire part de ce qu’elle avait appris et le soulager dans cette fâcheuse année qu’il fallait encore passer en l’absence de son cher gouverneur.

de l’automne 1652 a l’automne 1653, au départ des navires du canada.


Le quatorze octobre de cette année, il se fit une très-belle action de la manière que je vais dire. On sut par l’aboiement des chiens, qu’il y avait des ennemis en embuscade du côté qu’ils regardaient. M. le major, qui était toujours sur pied en toutes les occasions, eu l’honneur d’avoir cette découverte à faire, il y alla avec 24 hommes et marcha droit vers le lieu où il était question ; pour y aller avec prudence, il détacha le sieur de la Lochetière, Baston et un autre dont je ne sais pas le nom, trois bons soldats qui marchaient devant à la portée de fusil ; il donna l’ordre à ces trois détachés de n’aller que jusqu’à un certain lieu qu’il désigna. La Lochetière, emporté par son courage, passa un peu plus outre pour découvrir par dessus un arbre qui était devant lui, si les ennemis n’étaient point dans un fond qui y était ; en regardant par dessus cet arbre, les Iroquois qui étaient cachés au pied firent d’abord leurs hués, le tuèrent et le mirent à mort, mais non pas si soudain qu’il ne fit payer sa vie à celui qui le tua, d’autant qu’il lui rendit la pareille de son coup de fusil ; les deux autres découvreurs voulant se retirer, eurent une salve qui fut furieuse, mais dont Dieu les garantit. Le major mit d’abord ses hommes en état ; obtint ferme quelque temps, mais il aurait expérimenté un moins heureux combat, ayant affaire à tant d’ennemis, sans que M. Prud’homme, ancien habitant d’ici, l’appela d’une chétive maisonnette où il était, lui criant de se retirer bien vite, d’autant qu’on l’environnait ; il n’eut pas plus tôt ouï la parole et tourné la tête qu’il vit les Iroquois quasi tout auteur de la maisonnette et de lui, ce qui lui fit commander à ses gens de forcer ces barbares d’entrer dedans à quelque prix que ce fut, ce qui fut dit fut rigoureusement exécuté ; incontinent qu’on fut dedans, on fit des meurtrières et chacun commença à faire grand feu ; hormis un lâche, qui saisi de frayeur se coucha tout plat sans que les menaces ni les coups le pussent faire lever ; il fallut donc laisser ce mort toutes vie qu’il était et songer à se bien battre, car les Iroquois joignaient