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sans crainte ; car je vous promets que cette traversée vous sera si douce qu’à peine vous vous en apercevrez. Si vous avez peur de ces mouches que nous appelons maringouins qui donnent tant d’exercice aux habitants de ce pays, assurez-vous que je les banirai si bien de ce livre que vous n’y en trouverez pas un ; si la faiblesse de vos yeux vous fait craindre nos neiges, je m’offre pour garant de vos vues, pourvu que vous ne vous serviez pas d’autre navire afin d’y venir. Si vous appréhendez la dépense que pourrait causer cette entreprise, afin de la modérer et d’épargner votre bourse, je vous offre le passage gratis, pourvu que vous vouliez m’accorder quelques heures de ce temps que messieurs vos médecins ou apothicaires ne vous permettent pas de donner à des emplois plus utiles ; que si vous me dites ? tout cela est bon, mais nous voudrions approcher autrement de notre beau fleuve pour admirer plus agréablement la beauté de son cours, je vous répondrais que si quelques-uns d’entre vous sont dans ces sentiments, j’en ai trop de joie pour m’y opposer, qu’ils viennent à la bonne heure comme il leur plaira goûter la belle eau de nos rapides et apprendre par leur propre expérience que la Seine lui doit céder son nom puisque celle-ci est mille fois plus avantageuse pour la santé du corps.


AU LECTEUR.


Comme je ne souhaite point tromper ceux qui se donneront la peine de lire cette relation, je veux bien les avertir qu’ils ne peuvent pas espérer de moi que ce soit sans quelques légères erreurs sur l’ordre des temps et que je serai si fidèle à leur rapporter toutes les belles actions qui se sont faites en ce lieu que je n’en omette pas une. Premièrement, parce que la religion de ces personnes pieuses et qualifiées, lesquelles ont peuplé cette île aux dépens de leur bourse, n’a jamais pu souffrir que rien de remarquable parut chez les libraires touchant ce qui a été fait ici, si bien que je suis contraint aujourd’hui de laisser dans un profond silence et au milieu des ténèbres ce qui mériterait d’être exposé au plus beau jour, lorsque je n’en ai pas des témoignages authentiques ; en second lieu, il y a eu tant d’attaques en ce poste avancé, tant de coups donnés et reçus, les témoins y ont été tant de fois repoussés, depuis trente-et-un an qu’on y est établi, d’ailleurs il y a tant de faits considérables, pour la piété surtout à l’égard des personnes qui soutenaient cet ouvrage, que j’aurais beau examiner les temps et les saisons, je serais toujours contraint d’oublier bien