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piété ne se rebutait de rien. Au reste cette année nous avons uu exemple fort rare de sa générosité, non point en la personne des sauvages, mais en celle de M. Pizeaux, lequel se trouvant attaqué de paralysie et ayant le cerveau débilité par la vieillesse, commença de témoigner qu’il était bien aise de revoir les choses dont il s’était démis afin d’aller en France chercher la guérison. Vous voyez, la demande était considérable, d’autant qu’il avait donné beaucoup, sans doute que cette demande eut surpris tout autre que M. de Maison-Neufve, voyez un peu comme il lui répondit : — « Monsieur lui dit-il, nous n’avons rien fait par l’intérêt, tout est encore à vous vous en pouvez être assuré, je vous baillerai ce qu’il vous faudra ici, et je vous adresserez à MM. de la Compagnie en France, lesquels reconnaîtront largement les biens que vous nous avez faits.” Ce qui fut promis fut généreusement exécuté, ici on lui tint compte généralement de tout, et en France MM. de la Compagnie le firent très bien soigner. Ils en eurent la même sollicitude que s’il dut être leur propre frère ; ils ne l’abandonnèrent point jusqu’au tombeau de quoi il avait bien besoin, car il avait alors septante sept ans où septante huit ans et avait passé cette longue vie dans les fatigues incroyables, tant à la Nouvelle-Espagne où il avait amasse son bien, qu’en la Nouvelle-France où il l’avait dépensé. — Que s’il a tant consommé de bien ici, il ne faut pas s’en ettonner ; d’autant que faisant d’aussi grandes entreprises qu’il a faites, il n’y pouvait pas manquer, à cause que tout coûtait pour lors exorbitement et que l’on avait aucun secours du pays tant pour les vivres que pour se vêtir. La perte de M. de Pizeaux, ne fut pas l’unique perte de Montréal pour cette année là, car Mme de la Pelletrie voyant que Mlle Mance avait, alors un secours assez considérable de son sexe, elle descendit à Kébecq et l’enrichit de la perte que faisait ce lieu ci, étant privé d’une personne d’aussi grand mérite et d’aussi rare exemple qu’elle a toujours été partout.


de l’automne de 1643 a l’automne de 1644.


Les dépêches de France étant parties, on commença à arracher les petits pieux qui environnaient le fort et à mesure on le revêtit de beaux bastions que traça M. d’Aillebout, annuel M. de Maison-Neufve laissa la conduite de cette entreprise, MM. de la compagnie lui ayant mandé qu’il était fort intelligent en ce fait, aussi y réussit-il très-bien ainsi qu’on l’a vu depuis. Enfin nos Français se lassèrent de se voir insultés tous les jours par les Iroquois, ne pouvant continuellement souffrir de leurs alarmes sans les aller