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et seule comme elle était, elle osait néanmoins tout entreprendre pour sa gloire, sans l’espérance de son unique soutien. Le lendemain de son arrivée, allant encore aux Jésuites elle rencontra M. de la Doversière qui en sortait, lequel sans l’avoir jamais vue, étant peut-être instruit par le R. P. Laplace, l’aborda, la salua par son nom et ensuite lui parla du dessein de Montréal, de leur société et union et de toutes leurs vues dans cet ouvrage avec une ouverture de cœur admirable ; peu après il lui avoua le besoin d’une personne désintéressée comme elle, qu’ils avaient bien une personne d’engagée pour le dehors et la guerre, mais qu’il leur était nécessaire d’avoir une personne qui eut soin du dedans ; qu’il y servirait assurément beaucoup Dieu, ensuite de ce pourparler il l’alla voir chez elle, la pressa sur ce sujet, mais elle de son côté lui témoigna appréhender cette union disant : « Si je fais cela, j’aurai plus d’appuie sur la créature et j’aurai moins à attendre du côté de la Providence. » À cela il lui répondit : « Vous ne serez pas moins fille de la Providence, car cette année nous avons fait une dépense de 73,000 livres, je ne sais plus où nous prendrons le premier sol pour l’an prochain ; il est vrai que je suis certain que ceci est l’œuvre de Dieu et qu’il le fera, mais comment je n’en sais rien. » Ces dernières paroles gagnant absolument notre demoiselle qui dit : pourvu que le R. P. St. Jure son directeur l’eust agréable ; elle s’unirait à eux encore qu’elle ne fut qu’une pauvre fille faible et malsaine qui de chez soi n’avait que sa petite pension viagère. M. de la Doversière lui dit : « Ne perdez pas de temps, écrivez par cet ordinaire au R. P. St. Just, » elle le fit ; et outre cela, elle demanda la même chose à tous ses amis qui tous aussi bien que lui jugèrent que la main de Dieu était visible là dedans. C’est pourquoi ils lui écrivirent qu’elle ne manqua pas d’accepter l’union qu’on lui proposait, que c’était infailliblement Notre Seigneur qui voulait cette liaison ; aussitôt la nouvelle reçue, elle l’apprit à M. de la Doversière qui en eut une joie non pareille, ainsi que MM. de Fauquand et de M. de Maison-Neuſve, enfin elle fut reçu par ces trois messieurs au nom de la compagnie du Montréal comme un présent que le ciel lui faisait. Mais afin d’adorer avec plus d’attention la conduite de Dieu (maintenant que la voilà dans cette association, aussi bien que M. de Maison-Neuſve qui y avait entré quelque temps auparavant) faisons une petite réflexion sur les ressorts que la sagesse et toute paissance de Dieu, fait jouer ici dedans ; admirons un peu comme la providence divine fit venir M. le Baron de Fouquand chez M. de la Doversière lorsqu’elle lui voulut faire commencer cet ouvrage, afin de lui donner l’honneur d’en être participant au moyen des richesses dont elle l’avait pourvu ; admirons comme