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directeur pour les arracher elles étaient tellement abondantes et fichées si avant qu’après avoir bien travaillé, il perdait l’espérance d’en venir à bout ; c’est pourquoi ayant invoqué le St. Esprit il lui dit de partir pour Paris le mécredi d’après la Pentecôte ; que là elle s’adressa au père Lallernant qui avait soin des affaires du Canada, que pour la direction de sa conscience elle prit le recteur de la maison des Jésuites qui serait la plus voisine du lieu où elle logerait. Ayant reçu ces conseils, elle vint à Paris pour faire ce que Dieu demandait d’elle, feignant en sa maison de n’y vouloir aller qu’afin d’y voir ses parents. En effet elle vint demeurer chez eux près du noviciat des Jésuites, de là sans perdre beaucoup de temps, elle alla voir le R. P. Lallemant, qui à la deuxième visite l’encouragea grandement, lui dit des merveilles touchant les desseins que Dieu avait sur la Nouvelle-France, et qu’il s’en alla à Lyon pour une affaire de la dernière conséquence qui regardait le Canada ; c’était pour la négociation du Montréal dont nous avons parlé, mais il ne la lui découvrit pas, aussi n’en était-il pas besoin pour lors, dans le même temps, elle vit le père St. Jure, recteur du noviciat des Jésuites, qui lui dit peu de choses, n’approuvant, ni ne désapprouvant rien aussi sur le sujet de sa vocation en ces contrées ; ors comme le père St. Jure était bien occupé, elle fut trois mois ensuite sans lui pouvoir parler, mais enfin ayant fait connaissance avec Mme de Villersavin, cette dame la mena par après un jour voir le père St. Just, qui la retint quand elle s’en voulut aller afin de lui parler en particulier, lorsque madame de Villersavin serait partie ; ce qu’il fit avec beaucoup de force et ouverture de cœur, l’assurant que jamais il n’avait vu autant de marques de la volonté du bon Dieu qu’en sa vocation ; qu’elle ne la devait plus dissimuler comme elle l’avait fait jusqu’alors, que c’était une œuvre de Dieu, qu’elle s’en devait déclarer à ses parents et à tout le monde. Ces paroles dilatèrent tellement son cœur qu’elle ne pouvait l’exprimer ; d’abord qu’elle fut à la maison, elle découvrit tout ce mystère à ses parents, ils voulaient s’y opposer mais en vain ; incontinent après, cela se divulga de toutes parts, et comme en ce temps là, la chose était comme inouïe, cela fit un grand bruit, surtout chez les dames qui prenaient plaisir de faire venir cette demoiselle et de l’interroger sur une vocation si extraordinaire ; la Reine même la voulut voir, comme aussi madame la Princesse, madame la Chancelière et autres ; quand à son particulier, elle ne répondait qu’une seule chose à tous, qu’elle savait bien que Dieu la voulait dans le Canada mais qu’elle ne savait pas pourquoi ; qu’elle s’abandonnait pour tout ce qu’il voudrait faire d’elle aveuglement. L’hiver suivant, un provincial des Récollets, homme d’un