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mère qui la tenait à bras pour se jetter dans les mains des filles de la Congrégation. Feue Mad. la princesse de Conti a bonne part avec quelques autres personnes de qualité à l’instruction de ces deux filles pour certaine somme de 12 ou 13 cents livres que leur charité avait donné l’automne dernier et qu’on eut soin d’employer selon leur pieuse intention. Au reste si l’eau de vie était bannie de par tous les sauvages, nous aurions des milliers d’exemples de convertis à vous rapporter. «Je ne doute pas que la plupart qui hantent les Français n’embrassassent tons la religion, mais cette liqueur leur est un appas si diabolique qu’il attrape tous les sauvages qui sont proches des Français à l’exception de quelques uns d’entre lesquels sont des Hurons que Dieu conserve quasi miraculeusement. Si un jour on voyait le désordre de la traite des boissons passé, on aurait ici de la satisfaction, mais comme on voit tout périr, par ce malheureux commerce cela donne beaucoup d’affliction à ceux qui sont le plus dans l’intérêt de Dieu, il n’y a quasi rien à faire qu’avec les enfants, les vieilles et les vieillards, les autres regardant l’eau de vie avec une telle avidité, soit qu’ils soient Algonquins, soit qu’ils soient Iroquois, qu’ils ne le peuvent quitter qu’après être ivres à n’en pouvoir plus, enfin, c’est une marchandise dont tout moralement parlant ils font le même usage que le furieux fait de son épée, jugez si selon Dieu on doit la leur distribuer sans discrétion aucune et si celui qui donne et celui qui reçoit ne seront pas égaux au poids de ce redoutable.......... au jour de la mort qui sera bien étrange à tous ceux qui ici journellement contribuent sans se soucier,aussi librement qu’ils font au péché ; pour moi quelques certains casuistes en disent ce qui leur plaira, je ne crois pas que le plus hardi voulut mourrir immédiatement après avoir donné à un sauvage une portion suffisante pour l’enivrer, ce qui est l’enivrer infailliblement et le faire tomber en péché mortel, vu qu’il est écrit : Malheur à celui par qui le scandale arrive ; à cela on me dira, si la traite de boisson ainsi faite n’est pas permise aux gens de bien, il faut qu’ils se résolvent à mourir de faim, de froid et de misère, laissant toutaller à des gens sans conscience qui traitent des liqueurs sans discrétion. Je réponds à cela qu’il est vrai et qu’il leur faut continuer de souffrir jusqu’au tombeau, sans que l’amour de commodité ou du nécessaire leur permette jamais de consentir au péché pour leur intérêt propre ou celui de leur famille, qu’ils doivent tout naturellement sacrifier à Dieu quelque compassion et peine naturelle qu’ils en aient ; mais à ceci, je vas au delà de l’histoire, passons au printemps de cette année où M. de Courcelle étant monté au Montréal reçut les captifs que les Iroquois lui avaient amenés et y attendit les Othaouais, selon la