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çais et qu’ils ne savaient où se mettre ; néanmoins comme on n’était pas informé de leur terreur, on se tenait toujours fort ici sur ses gardes, ce qui donna beaucoup de peine aux ecclésiastiques de ce lieu pour aller visiter le fort Ste. Anne qui était sans prêtre, encore qu’il fut le plus exposé aux ennemis comme étant beaucoup plus avancé que les autres qu’on avait fait depuis la venue des troupes. Mr. de Tracy ayant bien considéré combien il était fâcheux de laisser ce lion sans aucun secours spirituel, écrivit à M. Laurent, le supérieur du séminaire, le priant d’y envoyer un prêtre, il n’y eut personne de cette communauté qui n’estima cette commission fort avantageuse, parcequ’on y devait avoir l’occasion d’y bien souffrir et do beaucoup s’exposer pour Dieu ; cependant Mr. Souard qui devait avoir de la prudence pour tous, ne pouvait pas se résoudre à envoyer nu prêtre dans un temps de guerre où il y allait d’être brûlé vif, sans une escorte considérable, ce fort nouvellement fait était à près de 25 lieues d’ici du côté des ennemis, c’est pour cela que tout demeura en suspens. Mr. Souard voyait bien une lettre de Mr. de Tracy qui lui proposait le secours spirituel de tous ses soldats et officiers qui étaient là dans un état assez pitoyable, maie il n’avait pas songé à donner aucun aide pour y escorter un missionnaire et les officiers de ce lieu ne jugèrent pas à propos de risquer leurs soldats et de leur donner une telle fatigue sans Un commandement absolu de sa part. Cela étant, Mr. Souard se contenta de nommer l’ecclésiastique qu’il jugea à propos devoir aller à Ste. Anne afin de se tenir prêt, s’il s’en trouvait l’occasion : ce qui arriva dans un temps assez fâcheux pour lui quelque temps après ; puisque cet ecclésiastique étant allé à la guerre de l’automne, il lui en avait resté une grosse enflure en forme d’une loupe sur le genou. Or après plusieurs remèdes, il se fit saigner, mais le chirurgien mal à propos lui ayant tiré une furieuse quantité de sang, il s’évanouit entre ses bras, revenant à soi, il vit entrer deux soldats en sa chambre qui le saluèrent et lui dirent qu’ils venaient du fort St. Louis qui est à 4 lieues d’ici, sur le chemin de Ste. Anne, entendant ces paroles, après leur avoir demandé des nouvelles de leur fort, il s’enquit d’eux quand ils s’en voulaient retourner, ils lui répondirent que ce serait le lendemain, à quoi il repartit :—“ Donnez-moi un jour et je partirai avec vous pour Ste. Anne où je ne puis aller si vite à cause d’une terrible saignée qu’on vient de me faire.” Ce délai obtenu et écoulé, il partit avec le congé du supérieur qui fut plus difficile à avoir, accompagné de Messieurs Lebert, Lemoine et Mijeon qui voulurent aller avec lui à St. Louis, il est vrai que dans cette route, ce prêtre qui était nouvellement arrivé de France, trouva bien à qui