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l’impôt et, par suite, la ruine des finances de la Ville, et la pénurie des temps révolutionnaires.

Des réformateurs, il est vrai, dégrèvent d’avance la majorité de la population pour ne charger que les riches. Leur système s’appelle l’impôt progressif. Il ne date pas de 1791 ; il est de 1793. Je crois hors de propos de discuter ici cette forme, non d’impôt, mais de spoliation, qui ne peut aboutir qu’à un désastre public. Il suffit de renvoyer les rares partisans de cet expédient au jugement qu’en a porté un démocrate célèbre, qui s’élevait parfois par son talent au-dessus des fausses doctrines de son parti[1].


IV.


Les registres de l’enquête et les pièces annexées contiennent fort peu d’observations. Il en devait être ainsi. Les personnes domiciliées dans le périmètre de l’enceinte actuelle de Paris sont à peu près indifférentes au changement qui va s’opérer.

Plusieurs y trouveront avantage ce sont les possesseurs des terrains et des bâtiments qui avoisinent le chemin de ronde. L’interposition du mur qui les sépare aujourd’hui du boulevard extérieur et du territoire de la banlieue, déprécie évidemment leurs propriétés, dont le séjour en est rendu incommode et désagréable.

  1. Voici comment s’exprimait Armand Carrel en 1833 : « On semble, dit-il, considérer la richesse générale du pays comme la provision de vivres d’un navire en mer, provision qui, une fois embarquée, ne s’augmenterait plus ; et le pauvre paraitrait, dans ce système, n’être réduit à la moitié ou au tiers de sa ration, que parce que le riche mangerait deux ou trois fois plus que la sienne.

    De là l’idée, toute populaire, de vouloir réduire le riche à la simple ration, c’est-à-dire de faire qu’il ne soit plus riche. Or, on est riche fripon, mais est aussi riche honnête homme ; on est riche oisif, mais on est aussi riche laborieux ; on est riche par héritage, mais on l’est aussi parce que l’on a su exploiter une grande découverte dans les arts, un perfectionnement dans l’industrie ; on devient riche parce qu’on est très-habile chirurgien, ou grand jurisconsulte, ou artiste de premier ordre ; on est riche parce qu’on a rendu à son pays de grands services dans le gouvernement et dans les armes.

    La richesse personnelle n’est donc pas un tort nécessaire, fait à l’humanité, et souvent elle est le prix des services qu’on lui a rendus. L’impôt progressif, impôt de jalousie et non d’équité, ne distinguerait pas entre la richesse héritée et la richesse péniblement et honorablement acquise, entre la richesse oisive et la richesse laborieuse. L’impôt progressif punirait toute richesse sans distinction, et cela dans la fausse donnée que tout riche dévore la subsistance d’un certain nombre de pauvres. »

    Cette curieuse citation est empruntée au livre de MM. Macarel et Boulatignier, sur la Fortune publique de la France, où les savants publicistes constatent le mauvais succès des tentatives faites à diverses époques pour établir l’impôt progressif.