Page:Documents relatifs à l’extension des limites de Paris.djvu/20

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Si une administration intelligente et ferme y garantit la sécurité individuelle, y rend la vie commode et y facilite les communications avec les régions les plus lointaines ; si le génie des souverains y excite l’essor des lettres, des sciences et des arts, y élève des monuments tout à la fois utiles et magnifiques, y crée, en un mot, de puissants attraits pour tous les esprits cultivés, son accroissement continuera sans cesse. L’accumulation des habitants fera d’ailleurs naître mille industries, et commandera chaque jour, dans l’état matériel de la ville, dans sa police dans l’organisation de ses services municipaux, des améliorations nouvelles, qui en rendront le séjour plus désirable. Ainsi, la multitude appellera la multitude, et le développement progressif ne s’arrêtera que lorsque la nation cessera de croître elle-même en autorité, en civilisation et en richesse.

Il y a sans doute un rapport nécessaire, dont il faut souhaiter le maintien, entre la population de la capitale et celle des autres parties d’un grand empire. Un bon gouvernement, attentif aux besoins des provinces, et particulièrement aux intérêts spéciaux de l’agriculture, peut quelque chose pour maintenir ce salutaire équilibre. Mais le développement d’une ville tient d’ordinaire à un concours de circonstances qui échappe à toute prévision à tout calcul et que, le plus souvent, aucune volonté humaine ne dirige.


I.


L’histoire des agrandissements de Paris, que l’on confond trop souvent avec celle des enceintes de cette ville, mettrait aisément en lumière la loi qui préside à la formation des grandes cités. Mais, ici, une telle étude ne serait pas à sa place. Il suffit, d’ailleurs, au but que je me propose, de retracer sommairement les faits saillants de cette histoire intéressante à tant de titres.

Déjà, sous la première race, Paris projetait, sur l’une et l’autre rive de la Seine, des groupes de maisons, des établissements religieux, des enclos, comme autant de faubourgs naissants. Mais on le voit s’arrêter dans son essor, et rentrer, pour ainsi dire, dans son ile natale, lorsque, délaissé par les rois germains de la seconde race, il subit, sans secours, les terribles invasions des pirates normands, le siège de ses murs, la dévastation de ses campagnes. Plus d’un siècle s’écoula ensuite, sous le régime de la division féodale du territoire, avant que Paris, maigre l’avénement des rois de la troisième race, ne prit une importance véritable. C’est