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le livre d’Esdras lui-même, de celui de Nehemias. Voyez Canon. (G)

EFFARAM, (Géog. mod.) ville du Corazan, en Asie. Long 73. 58. lat. 36. 48.

E. SI MI ; E. MI LA, ou simplement E. caractere ou terme de musique, qui indique la note de la gamme que nous appelons mi. Voyez Gamme (S)

ESKIMAUX (Geog.) peuple sauvage de l’Amérique septentrionale, sur les côtes de la terre du Labrador & de la baie d’Hudson, pays extrèmement froids.

Ce sont les sauvages des sauvages, & les seuls de l’Amérique qu’on n’a jamais pû apprivoiser ; petits, blancs, gros, & vrais anthropophages. On voit chez les autres peuples des manieres humaines, mais dans ceux-ci tout est féroce & presqu’incroyable.

Malgré la rigueur du climat, il n’allument point de feu, vivent de chasse, & se servent de fleches armées de pointes faites de dents de vaches marines, ou de pointes de fer quand ils en peuvent avoir. Ils mangent tout crud, racines, viande et poisson. Leur nourriture la plus ordinaire est la chair de loups ou veaux marins ; ils sont aussi très-friands de l’huile qu’on en tire. Ils forment de la peau de ces sortes de bêtes, des sacs dans lesquels ils serrent pour le mauvais tems une provision de cette chair coupée par morceaux.

Ils ne quittent point leurs vêtemens, & habitent des trous souterrains, où ils entrent à quatre pattes. Il se font de petites tuniques de peaux d’oiseaux, la plume en-dedans, pour se mieux garantir du froid, & ont par-dessus en forme de chemise d’autres tuniques de boyaux ou peaux d’animaux cousues par bandes, pour que la pluie ne les pénetre point. Les femmes portent leurs petits-enfans sur leur dos, entre les deux tuniques, & tirent ces pauvres innocens par-dessous le bras, ou par-dessus l’épaule pour leur donner le teton.

Ces sauvages construisent des canots avec des cuirs, & ils les couvrent par-dessus, laissant au milieu une ouverture comme à une bourse, dans laquelle un homme seul se met ; ensuite liant à sa ceinture cette espece de bourse, il rame avec un aviron à deux pelles, & affronte de cette maniere la tempête et les gros poissons.

Les Danois ont les premiers découvert les Eskimaux. Le pays qu’ils habitent est rempli de havres, de ports, & de baies, où les barques de Quebec vont chercher en troc de quincaillerie, les peaux de loups matins que ces sauvages leur apportent pendant l’été. Extrait d’une lettre de Ste Helene, du 30 octobre 1751. Voyez aussi si vous voulez la relation du Groenland insérée dans les voyages du Nord, & ceux du baron de la Hontan ; mais ne croyez pas que ces livres satisfassent votre curiosité, ils ne contiennent que des fictions ; ce qui n’est pas étonnant, puisqu’aucun voyageur, ni aucun armateur ne s’est encore hasardé de pénétrer dans ce vaste pays de Labrador pour en pouvoir parler. Ainsi les Eskimaux sont le peuple sauvage de l’Amérique que nous connoissons le moins jusqu’à ce jour. Article de M. le Chevalier de Jaucourt

ESLINGEN (Géograph. mod.) ville du duché de Wirtemberg, dans le cercle de Soüabe, en Allemagne ; elle est située sur le Neckre. Long. 27. 50 lat. 48. 40.

ESMILIER, v. act. terme d’Ouvrier du bâtiment ; c’est équarir du moilon avec le marteau, & piquer son parement. (P.)

ESMINE ou EMINE, s. f. (Commerce) sorte de mesure qui sert en quelques endroits à mesurer les grains & les légumes. Il y a aussi une autre émine


qui étoit autrefois une mesure des liquides. Voyez Hemine. (G)

ESMOUTIER, (Géog. mod.) ville du Limosin, en France. Long. 19. 22 lat. 45. 45.

ESOTÉRIQUE, adj. Voyez Exotérique

ESPACE, subst. m. (Métaphys.) la question sur la nature de l’espace, est une des plus fameuses qui ayent partagé les Philosophes anciens & modernes ; aussi est-elle, selon plusieurs d’entr’eux, une des plus essentielles, par l’influence qu’elle a sur les plus importantes vérités de Métaphysique.

Les Philosophes en ont donné des définitions fort différentes, & même tout opposées. Les uns disent que l’espace n’est rien sans les corps, ni même rien de réel en lui-même ; que c’est une abstraction de l’esprit, un être idéal, que ce n’est que l’ordre des choses entant qu’elles coexistent, & qu’il n’y a point d’espace sans corps. D’autres au contraire soûtiennent que l’espace est un être absolu, réel, & distingué des corps qui y sont placés ; que c’est une étendue impalpable, pénetrable, non solide, le vase universel qui reçoit les corps qu’on y place ; en un mot une espece de fluide immatériel & étendu à l’infini, dans lequel les corps nagent.

Le sentiment d’un espace distingué de la matiere a été autrefois soûtenu par Epicure, Démocrite, & Leucippe, qui regardoient l’espace comme un être incorporel, impalpable, ni actif ni passif. Gassendi a renouvelleé de nos jours cette opinion, & le célebre Loke dans son livre de l’entendement humain, ne distingue l’espace pur des corps qui le remplissent, que par la pénétrabilité.

Keill, dans son introduction à la véritable physique, & tous les disciples de Loke, ont soutenu la même opinion ; Keill a même donné des théorèmes, par lesquels il prétend prouver que toute la matière est parsemée de petits espaces ou interstices absolument vuides, & qu’il y a dans les corps beaucoup plus de vuide que de matière solide.

L’autorité de M. Newton a fait embrasser l’opinion du vuide absolu à plusieurs mathématiciens. Ce grand homme croyoit, au rapport de M. Loke, qu’on pouvoit expliquer la création de la matière, en supposant que Dieu auroit rendu plusieurs parties de l’espace impénétrables : on voit dans le scholium generale, qui est à la fin des principes de M. Newton, qu’il croyoit que l’espace étoit l’immensité de Dieu ; il l’appelle, dans son optique le sensorium de Dieu, c’est-à-dire, ce par le moyen de quoi Dieu est présent à toutes choses.

M. Clarke s’est donné beaucoup de peine pour soutenir le sentiment de M. Newton, & le sien propre sur l’espace absolu, contre M. Leibnitz qui prétendoit que l’espace n’était que l’ordre des choses coexistantes. Donnons le précis des preuves dont les défenseurs de ces deux opinions se servent, & des objections qu’ils se font réciproquement.

Les partisans de l’espace absolu & réel appuient d’abord leur idée de tous les secours que l’imagination lui prête. Vous avez beau, disent-ils, anéantir toute matière & tout corps, vous concevez que la place que cette matière & ces corps occupoient subsiste encore, qu’on y pourroit remettre les mêmes choses, & qu’elle a les mêmes dimensions & propriétés. Transportez-vous aux bornes de la matière, vous concevrez au-delà un espace infini, dans lequel l’univers pourroit changer sans cesse de place. L’espace occupé par un corps, n’est pas l’étendue de ce corps ; mais le corps étendu existe dans cet espace, qui en est absolument indépendant ; car l’espace n’est point une affection d’un ou de plusieurs corps, ou d’un être borné, & il ne passe point d’un sujet à un autre. Les espaces bornés ne sont point des propriétés des substances bornées, ils ne sont que