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que les maladies extérieures produisent les pouls externes, les sept piao ; & que les huit pouls que nous avons appellés internes li, sont la suite, le signe & l’effet des maladies qui ont leur siege à l’intérieur ; que celles qui attaquent quelque viscere particulier, alterent principalement la partie du pouls qui lui répond. Du reste, les changemens arrivés au pouls par une maladie quelconque, s’ils lui sont essentiels, en deviennent le signe ; par conséquent leur exposition rentre plus naturellement dans l’article des présages.

Présages qu’on tire par le pouls. L’homme est, suivant les Chinois, par le moyen des nerfs, des muscles, des veines & des arteres, comme une espece de luth ou d’instrument harmonique, dont les parties rendent divers sons, ou plutôt ont une certaine espece de tempérament qui leur est propre, à raison de leur figure, de leur situation, & de leurs différens usages. Les pouls différens sont comme les sons divers & les diverses touches de ces instrumens, par lesquels on peut juger infailliblement de leur disposition, de même qu’une corde plus ou moins tendue, touchée en un lieu ou en un autre, d’une maniere ou plus forte ou plus foible, rend des sons différens, & fait connoître si elle est trop tendue ou trop lâche. Le pouls naturel est un signe certain que la personne à qui on le tâte, non-seulement jouit-d’une bonne santé, mais en jouira long-tems ; c’est-à-dire, ne sera point attaquée de ces maladies qui se préparent de longue main, & dont le noyau se forme sourdement avant qu’elles éclatent ; car on ne prétend point répondre des maladies plus particulierement connues sous le nom d’accident. Mais pour que le pouls soit naturel, il faut qu’il soit conforme aux saisons, à l’action de différens visceres, à l’âge, au sexe, à la taille & au tempérament des sujets. Nous avons vu en quoi consistoit sa conformité aux saisons & aux principaux organes, nous n’ajouterons qu’un mot sur ce qui regarde l’âge & le sexe ; car les Médecins chinois ne disent point quelle doit être la qualité du pouls dans les différentes tailles & les divers tempéramens.

Dans l’homme adulte, le pouls naturel bat quatre fois dans l’intervalle de chaque respiration du médecin qui l’examine : cette même mesure ne pourroit pas s’appliquer sans inconvénient, & au pouls du jeune enfant, & à celui du vieillard décrépit ; aussi les Médecins chinois ont décidé que le pouls des enfans depuis trois jusqu’à cinq ans, doit battre huit fois pendant l’espace entier d’une respiration, s’ils sont en bonne santé : si le pouls bat neuf fois, ils ont quelque mal intérieur ; & leur maladie est très-dangereuse, si les battemens vont jusqu’à dix ou douze, & surtout s’il s’y joint de l’irrégulatité. Dans un vieillard, le pouls est naturellement assez lent & assez foible, il ne bat que deux ou trois fois entre chaque respiration ; s’il arrive le contraire, c’est maladie. Cependant il se trouve quelquefois des vieillards dont le pouls est fort & assez vite, mais en même tems ferme & non sautillant ; c’est un pouls naturel, signe d’un tempérament très-robuste, aussi ce pouls s’appelle-t-il pouls de longue vie ; mais quand dans un vieillard, le pouls se trouve fort vite, mais en même tems sautillant & comme inquiet, tout ce qui reste de force à cet homme, est en dehors, il n’en a plus au-dedans, il n’ira pas loin. Les égards qu’on pourroit avoir à la taille du sujet, en tâtant le pouls, seroient de ne pas s’effrayer d’un pouls lent dans un grand homme, & d’un pouls un peu vîte dans un petit, parce que, suivant l’observation de M. de Senac, la vîtesse du pouls est pour l’ordinaire, en raison inverse de la grandeur. Quant aux tempéramens, s’ils ne sont, comme le pense M. de Bordeu, que la suite du dérangement insensible de quelque organe, il ne faut qu’une attention réfléchie sur le vice du viscere en défaut.

La principale différence que le sexe produit dans

le pouls, consiste en ce que dans l’homme, le pouls du carpe doit toujours être plus vigoureux que celui du cubitus ; & si le contraire arrive, c’est contre l’ordre, & cela indique un dérangement dans les reins. Dans la femme, le pouls du cubitus a plus de force que celui du carpe : l’état du pouls opposé est un signe d’altération du tsiao ou foyer supérieur. Les Médecins chinois croient que le pouls droit de la femme est plus significatif & plus fort ; aussi sont-ils dans l’usage de ne lui tâter le pouls que du côté droit, & à l’homme, du côté gauche : les femmes qui sont enceintes ont aussi leurs pouls particuliers qui changent le plus souvent dans les différens tems de la grossesse, dont ils deviennent par-là un signe plus ou moins assuré. Pendant les premiers mois, le pouls est ordinairement petit au carpe, glissant à la jointure, & vîte au cubitus. Ainsi lorsqu’on observe ce pouls pendant long-tems, constamment & sans irrégularité, excepté qu’il n’y ait quelques battemens semblables aux coups de bec que donne une poule en prenant du grain, on peut assurer que la femme est enceinte, quoique la grossesse ne soit encore manifestée par aucun autre signe ; & si en pressant fortement l’artere, on trouve le pouls petit & éparpillé, la grossesse n’est que de trois mois ; on la juge de cinq mois, si le pouls est semblable, mais simplement vîte, & qu’en pressant, il ne s’éparpille point, & ne devienne pas plus petit. Si un pareil pouls se rencontre au bras gauche, on doit attendre un garçon ; & si c’est au droit, une fille. Le pouls du cubitus plus vite, plus haut & plus fort qu’à l’ordinaire dans une femme qui n’a pas ses regles, est un signe de grossesse. On doit porter le même jugement, suivant l’auteur d’un livre que Ouang chon ho met au nombre des anciens traités du pouls, lorsque les six pouls sont dans l’état naturel, & qu’en appuyant fortement le doigt sur l’artere, ses battemens n’en sont pas moins sensibles. Au sept & huitieme mois de la grossesse, le pouls plein, dur & fort, est un très-bon signe ; le profond & délié est d’un mauvais augure : il annonce un accouchement difficile, & il donne lieu de craindre que la malade n’y succombe. Si le pouls est plein & profond au bras gauche, c’est une marque, dit un ancien auteur, que la femme est enceinte d’un garçon ; s’il est superficiel & haut, il ne faut s’attendre qu’à une fille ; s’il est plein & profond aux deux bras, on peut espérer deux garçons ; & s’il est aussi des deux côtés, superficiel & haut, on doit craindre deux filles. Ces présages sont tout-à-fait contraires à ceux d’Hippocrate, qui sont assez universellement adoptés.

Telles sont les considérations que le médecin doit toujours avoir présentes à l’esprit lorsqu’il tâte le pouls, afin de pouvoir décider au juste s’il est naturel ou non. Les Chinois exigent encore d’autres précautions de la part de celui qui tâte le pouls, afin qu’il en puisse saisir les moindres variations & porter en conséquence un jugement assuré ; ils veulent que le médecin soit dans une situation de corps & d’esprit tranquille, jouissant d’une bonne santé, à jeun s’il est possible, & qu’il visite ses malades le matin ; d’abord il doit s’informer du sexe, de l’embonpoint, de l’âge, & de la taille du sujet, & après quelque tems il prend le bras du malade & le laisse aller à sa posture la plus naturelle, mollement & sans gêne, sur un coussin ; après quoi il applique sur l’artere radiale gauche les trois plus longs doigts du bras droit, qu’il dispose de façon que l’index réponde à l’extrémité du carpe, le doigt du milieu à la jointure, & l’annulaire à l’éminence du radius, qu’ils appellent improprement cubitus ; ils font la même chose ensuite avec la main gauche sur le bras droit : la plûpart prétendent qu’il ne faut tâter, comme nous avons déja dit, que le pouls gauche aux hommes, & le pouls droit aux femmes ; ils examinent d’abord la vîtesse & l’égalité des