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Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, I.djvu/239

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LXX.


Le précepte de la religion et la loi de la société, qui défendent le meurtre des innocents, ne sont-ils pas, en effet, bien absurdes et bien cruels, lorsqu’en les tuant on leur assure un bonheur infini, et qu’en les laissant vivre on les dévoue, presque sûrement, à un malheur éternel ?


LXXI.


Comment, Monsieur de La Condamine ! Il sera permis d’inoculer son fils pour le garantir de la petite vérole, et il ne sera pas permis de le tuer pour le garantir de l’enfer ? Vous vous moquez.


LXXII.


Satis triumphat veritas si apud paucos, eosque bonos, accepta sit ; nec ejus indoles placere multis.




Nous plaçons ici deux Pensées inédites, relevées sur les manuscrits de Diderot à la Bibliothèque de l’Ermitage. Elles se rapportent exactement à ce qui précède, et l’une d’elles, la seconde, porte en tête l’indication : Pensée philosophique.



Anciennement, dans l’île de Ternate, il n’était pas permis à qui que ce soit, pas même aux prêtres, de parler de religion. Il n’y avait qu’un seul temple ; une loi expresse défendait qu’il y en eût deux. On n’y voyait ni autel, ni statues, ni images. Cent prêtres, qui jouissaient d’un revenu considérable, desservaient ce temple. Ils ne chantaient ni ne parlaient, mais dans un énorme silence ils montraient avec le doigt une pyramide sur laquelle étaient écrits ces mots : Mortels, adorez Dieu, aimez vos frères et rendez-vous utiles à la patrie.



Un homme avait été trahi par ses enfants, par sa femme et par ses amis ; des associés infidèles avaient renversé sa fortune