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sont ces vers, que Volaterran dit être dans le château, vis-à-vis le temple de Minerve.


Ἇιδ’ οὐισ’ Ἀσθῆναι Θησέως πρῶτον πόλις
Ἇδ’ Ἀδριανοῦ, καὶ οὐδε Θησέως πόλις

C’est-à-dire, C’est ici Athènes, autrefois ville de Thésée, mais maintenant ville d’Adrien, & non pas de Thésée.

Le théâtre qui étoit pour les jeux publics, n’est pas loin de-là, & on y voit un chemin sous terre, par où se retiroient ceux qui avoient eu du désavantage, afin d’éviter la honte de se représenter aux Assistans.

Le Lycée d’Aristote est à moitié ruiné, & il n’y en a plus que deux colonnes. De l’Académie de Platon, il ne reste qu’un tas de pierres qui en marque la place, & où sont aussi les ruines d’un temple que les Athéniens croient avoir été dédié à Arthémise ; & ils ne se méprennent pas tout-à-fait. Pausanias remarque qu’il y en avoit un en ce lieu consacré à l’amour ; & personne n’ignore que pour le conjugal nous n’en avons point de plus illustre exemple que cette Reine.

Il n’y a pas jusqu’au fleuve Hissus qui ne se ressente du dommage du temps, & de la tyrannie de l’Ottoman. Les Turcs en ont détourné les eaux, pour arroser leurs jardins, & on n’en voit plus que le lit.

Les habitans tiennent que la montagne qui se voit au levant, environ à une lieue de la ville, étoit autrefois revêtue de marbre, & qu’il y avoir dessus une statue de Minerve. Et suivant leur opinion, ce seroit celle que Pausanias appelle Pentelicus ; mais je doute qu’il faille les en croire. Ce qu’ils nous assurent de la qualité des plantes qu’elle produit, qui ont la force de purger par le seul odorat ceux qui en approchent, témoigne, ce me semble, plutôt que c’est le mont Hymettus, où les abeilles faisoient du miel si délicat ; & parce qu’on en tiroit du marbre, cela leur a donné lieu de croire qu’elle en a été revêtue. Les briques que l’on voit encore assez près de ce lieu, servent de témoignage à cette opinion, parce que le mur qui regardoit cette montagne, en étoit bâti.

Outre toutes ces choses, il reste encore dans la ville & aux environs beaucoup de bâtimens ruinés, de morceaux de figures : mais enfin, quoique ces marques de sa première grandeur rendent son état présent encore plus déplorable, elles ne laissent pas pourtant de donner encore de l’admiration à ceux qui les voient. Duloir.

Quelques Auteurs disent que cette ville fut fondée par un certain Osius ; d’autres disent par Acrisius : Pausanias écrit dans ses Attiques que ce fut par Actéus, mais le sentiment le plus commun est que Cécrops en fut le Fondateur vers l’an du monde 2496, & ; 1558 ans avant l’ère chrétienne ; que c’est pour cela qu’elle s’appela d’abord Cecropia ; qu’ensuite elle prit le nom de Mopsus, & s’appela Mopsopia, nom qu’elle changea encore en celui de Ionia, ou Ionie, qu’elle prit d’Ion fils de Xuthus. Enfin, elle prit celui d’Athènes, ou bien d’Attea, fille de Cranaüs, ou bien en l’honneur de Minerve, qu’on appelle en grec Ἀθήνη, Athène, ou Athena. La fable dit qu’il y eut une grande contestation entre Neptune & à Minerve qui des deux donneroit son nom à cette ville ; que pour la terminer, ils convinrent que celui qui produiroit la chose la plus utile au genre humain, l’emporteroit sur l’autre ; que Neptune frappant la terre de son trident en fit sortir un cheval ; que Minerve produisit un olivier & que la victoire lui fut adjugée. Voyez Hyngin, Fabul. Poët. c. 164.

Phurnutus dit qu’il est bien difficile de trouver l’étymologie du mot Athène, que porte Minerve, & qu’elle donna à Athènes. Platon en dit autant dans son Cratyle, p. 407, de l’édition d’Etienne. Il ne laisse pas que de chercher cette étymologie ; & il lui semble que les Anciens avoient eu de Minerve la même idée qu’en avoient les interprètes d’Homère, qui disoient que ce Poëte l’avoit prise pour l’esprit & la pensée ; qu’ainsi il croit que celui qui avoit le premier donné le nom Ἀθήνη, Athène, à cette Déesse, avoit voulu exprimer la même chose ; mais d’une manière plus noble encore, en disant qu’elle étoit la pensée de Dieu, la pensée divine ; ensorte qu’Ἀθήνη, Athène, n’est autre chose que ἡ θεοῦ νόησις, d’où en changeant l’ή en α, selon un dialecte étranger, c’est-à-dire, le dorique ou l’éolique & retranchant la terminaison de νόησις, s’est fait Θεονόη, puis Ἀθήνη. il ajoute qu’on pourroit dire encore qu’on a voulu la nommer Ἠθονόη, composé de νόησις ἐν τῷ ἤθει, la prudence dans les mœurs, ce qui convient parfaitement bien à cette Déesse, & que d’Ἠθονόη, en adoucissant la prononciation, on a fait Ἀθήνη. Ainsi l’explique ce Philosophe à l’endroit que j’ai indiqué. D’autres disent que Athena s’est dit pour Athrena, ἀπὸ τοῦ ἀθρεῖν, c’est-à-dire, du verbe ἀθρεῖν, qui signifie voir, & qu’elle a été ainsi nommée, parce que Minerve est la prudence. D’autres dérivent ce nom de l’α privatif, & du verbe θηλάζειν, allaiter, & veulent que Ἀθήνη, ait été dit pour Ἀθήλη, c’est-à-dire, qui n’a point été allaitée, qui n’a point tété, qui n’a point été en nourrice, parce qu’en effet Pallas n’ayant point été enfant, mais étant sortie du cerveau de Jupiter en âge parfait, elle ne fut point allaitée. Vossius, Lib. II, de Idol. c. 42, dit qu’il ne doute nullement que ce nom ne vienne de l’Orient, ou pour le moins de l’Egypte : il croit qu’on le peut tirer du mot hébreu איתן Ethan, qui signifie fort, robuste, & selon lui encore, perennis, perpétuel, éternel. Il aime mieux néanmoins le faire venir du Chaldéen תנה, tena, si usité parmi les Thalmudistes, & qui est la même chose que l’Hébreu שגה, qu’il interprète, penser, méditer, étudier, enseigner, d’où vient Tanaïm, qui signifie Docteurs. Ainsi Minerve, au sentiment de cet Auteur, a été appelée Ἀθήνη, Athène, parce qu’elle préside à la doctrine, aux études & aux sciences. L’α du commencement est l’article, dont on a seulement changé l’aspiration, comme il est arrivé en beaucoup d’autres noms. Quoiqu’il en soit, la ville d’Athènes prit ce nom, lorsqu’Amphictyon, son troisième Roi, l’eut consacrée à Minerve.

Platon, dans son Critias, décrit ce qu’étoit Athènes dans ces commencemens. Athènes dans sa naissance eut des Rois ; mais ils n’en avoient que le nom : toute leur puissance, presque restreinte au commandement des armées, s’évanouissoit dans la paix. Tourreil. Codrus, contemporain de Saül, fut le dernier. Ses enfans, Médon & Nilée, disputerent le Royaume entre eux. Les Athéniens en prirent occasion d’abolir la royauté, & déclarèrent Jupiter seul Roi d’Athènes. A la place des Rois, ils créèrent sous le nom d’Archontes des Gouverneurs perpétuels ; ils en réduisirent ensuite l’administration à dix ans, & puis à un an. Une puissance aussi limitée que celle-là, contenoit mal des esprits si pointilleux & si remuans. Athènes demeura ainsi longtemps hors d’état de s’accroître, trop heureuse de se conserver au milieu des longues & fréquentes dissenssions qui la déchiroient. Elle apprit enfin que la véritable liberté consiste à dépendre de la justice & de la raison. Id.

Dracon, & ensuite Solon, donnèrent des lois à Athènes : Pisistrate son parent se fit ensuite reconnoître Roi. Il transmit la royauté à ses enfans, qui en jouirent assez long-temps, & jusqu’à Hippias, contre lequel ils gagnèrent la fameuse bataille de Marathon. L’Empire d’Athènes, qui commença peu de temps après cette victoire, dura 73 ans. Les femmes jusqu’au temps de Cécrops avoient eu droit de suffrage : elles le perdirent, pour avoir favorisé Minerve dans le jugement de son procés contre Neptune, à qui nommeroit la ville d’Athènes. Les dix Tribus d’Athènes élisoient par an chacune au sort 50 Sénateurs, qui composoient le Sénat des cinq cens. Chaque Tribu tour à tour avoit la préséance. Id. Cécrops, premier Roi d’Athènes, étoit venu d’Egypte. Athènes a un Archevêque, qui a six suffragans.

Athènes fut encore plus fameuse par les gens d’esprit qu’elle produisit ou qu’elle éleva, & par le loin qu’elle eut de faire fleurir & de cultiver toutes les sciences, que par sa valeur, & ses grands Capitaines. Les dépenses qui se faisoient à Athènes pour le théâtre & pour la représentation des pièces montoient aussi haut,