Page:Dickens - Bleak-House, tome 2.djvu/379

Cette page a été validée par deux contributeurs.

Éva, me pardonnes-tu le passé, avant que je recommence une nouvelle carrière ? »

Elle s’inclina et l’embrassa. Un sourire éclaira le visage de Richard ; il posa lentement sa figure sur la poitrine de sa femme, l’étreignit une dernière fois ; et, jetant un dernier soupir, il entra dans cette vie nouvelle où sont réparés tous les maux qu’on a soufferts en ce monde.

Quand tout fut calme, à une heure assez avancée de la nuit, la pauvre miss Flite vint pleurer avec moi, et me dit qu’elle avait rendu la liberté à ses oiseaux.


CHAPITRE XXXVI.

Dans le comté de Lincoln.

Le silence règne partout à Chesney-Wold et couvre de son voile les derniers événements qui se passèrent dans la famille. On dit que sir Leicester a acheté la discrétion de plusieurs personnes qui, sans cela, auraient parlé ; mais c’est un on dit boiteux qui se traîne en chuchotant et qui meurt au moindre signe de vie qu’il essaye de donner.

On sait, à n’en pouvoir douter, que la belle lady Dedlock repose dans un mausolée situé au fond du parc, sous la voûte épaisse des vieux chênes, où le hibou fait retentir chaque nuit ses cris lugubres ; mais de quel endroit on l’apporta aux échos de ce lieu isolé et comment elle mourut, c’est toujours un mystère.

Il y a bien parmi ses anciennes amies, ces beautés décharnées aux joues de pêche, au cou décharné, quelques-unes de ces anciennes enchanteresses qui, en jouant avec leur éventail comme de pauvres fantômes réduits à coqueter avec la mort, après avoir perdu leur dernier adorateur, s’en vont répétant tout bas dans le monde que les cendres des Dedlock renfermées dans le mausolée du parc, doivent se soulever contre cette profanation ; mais les ombres des anciens Dedlock le prennent fort tranquillement, et n’ont pas, que l’on sache, fait à cet égard la moindre observation.

Du creux de la ravine, couverte de fougère, monte, parfois, jusqu’à ce lieu isolé, un bruit de pas qui suivent l’allée tour-