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L’AMOUR NE MEURT PAS

de choisir à mon goût ; elle me donnait son appréciation sur l’endroit que je lui proposais, mais pas plus ; peu lui importait l’endroit, du moment qu’on pouvait y entrevoir un peu d’avenir. « Elphège, me disait-elle, je ne dormirai en paix que lorsque tu seras placé, surtout à ton goût. Je te demande en grâce de ne pas te sacrifier pour moi ; ton choix sera le mien. Jamais je n’ouvrirai la bouche pour te faire le moindre reproche. Va où tu crois faire fortune ».

Oh ! ma Rose, toujours le même bon cœur, toujours le même bon esprit. Elle s’oublie toujours ; ce qui sera bon pour son Elphège sera bon pour elle. Elle sera heureuse pourvu que son Elphège soit heureux. Puis-je aujourd’hui ne pas regretter une telle fiancée, une telle épouse ?

Rose me mettait aussi en garde contre les demandes de certains notables de village, notaires, avocats ou députés, qui appellent à grands cris un jeune médecin et l’attirent dans des endroits où deux médecins ne peuvent pas vivre et où le dernier venu est exposé à végéter. Les offres ne me manquaient pas ; elles me venaient de partout. Le bon docteur Desroches, dont la science n’avait d’égale que la charité, me conseillait d’aller à St-Esprit où demeurait sa famille. Je visitai St-Esprit où je couchai même chez le frère du docteur Desroches. Je fus reçu avec la plus franche cordialité dans cette famille. Si St-Esprit eût été aussi attrayant que cette famille je serais certainement resté dans cette paroisse. Mais cette place du nord de la province me parut très ennuyeuse ; c’était un tout petit village coupé à angle