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naissance des jumeaux me prédit une mort ou une maladie prochaine. Es-tu malade toi-même et me le caches-tu ?

10½ hrs a.m. — Ma pauvre Rose, mon triste rêve est en partie effacé ou accompli. La mort a frappé le plus jeune des deux petits malades que je soignais et son petit corps repose sur les planches ce matin. Oh ! si sa petite âme, nouvelle élue des cieux, priait pour moi, peut-être que l’espoir en de meilleurs jours me reviendrait. Ce petit enfant est un ange maintenant, et les anges sont tout-puissants là-haut… Que la mort est triste chez le pauvre. Dans un coin de la chambre, deux chaises soutiennent deux petites planches recouvertes d’un drap blanc usé et rapiécé, sur lequel repose la forme d’un petit ange tout blanc ; tout près, à côté, une petite couchette à demi-brisée, couverte de haillons et dedans un autre petit ange grelottant de froid et de fièvre, qui lutte contre la mort. Sur de vieilles chaises sont assises trois vieilles femmes, des voisines, qui viennent invoquer l’ange envolé et consoler la mère agenouillée entre les deux petits corps de ses enfants, pleurant sur celui qui n’est plus et désespérant pour l’autre qui agonise…


Ste-Martine, mardi, 10 mai.

Mon doux fiancé, mon cher Elphège, serais-tu rendu au point de désirer la vocation du Père Adolphe et d’envier son bonheur sans nuages ? Non, non, et ta Rose, que ferait-elle ? Il est vrai que ton début est semé de ronces et d’épines, mais accepte tout avec résignation ; plus tard, Dieu récompensera au centuple ta patience