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taient nommés, j’avais pleinement le droit, après pareil dévergondage de plume, de repousser tout contact avec eux. Quand il plait à quelqu’un de se faire, par exemple, palefrenier de sentiment et de langage, un homme bien élevé n’est pas tenu de lutter d’injures avec lui. Celui qui descend à ce rôle, fût-il habillé de violet, ne doit s’attendre qu’au salut du dédain.

Et si ces deux anonymes se nomment plus tard, ce qu’ils n’oseront probablement pas faire, ils m’ont donné le droit de les informer tranquillement que je n’ai pas l’habitude de frayer avec les gens qui ne peuvent s’élever au-dessus du polissonnage de carrefour, et qui adoptent les allures et les expressions des goujats.

Au reste, j’éprouve un vrai plaisir à voir que l’on n’ait pu me répondre qu’avec une telle masse de plates injures. Je ne me sens nullement atteint par ce langage brutal. Le seul moyen de m’atteindre c’est de montrer où et comment j’ai essayé de tromper mes lecteurs. Je n’ai fait que rire à gorge déployée de la nullité de ces écrivains qui ne sont pas même capables d’habiller une injure et qui prennent une saleté pour un mot piquant.

Mais je ne dois pas oublier un fait assez important. Mgr. de Montréal a défendu à qui que ce fût dans son diocèse de garder ma première brochure à moins que ce ne fût pour la réfuter avec sa permission. La défense n’existait clairement pas d’une manière régulière pour les fidèles, puisque la circulaire n’a paru que dans la Minerve et n’a été lue dans aucune chaire. Mais comme elle a été expédiée au clergé, ses membres étaient tenus de l’observer. Luigi a donc du obtenir la permission de me réfuter. Mgr. de Montréal approuve-t-il les inconcevables écarts de langage du savant homme qui n’a adopté ce style que parce qu’il n’est pas de force à réfuter personne ? Sa Grandeur est-elle vraiment satisfaite d’une réfutation qui n’a pas touché une seule des choses importantes que j’ai dites, et qui a falsifié les moins importantes pour trouver quelque chose à dire ? Si oui, il me semble que l’on est satisfait de bien peu quand il s’agit de ce que l’on prétend être l’honneur de la religion. Si Sa Grandeur admire une réfutation qui n’a rien réfuté, je la félicite du bonheur de son choix d’un défenseur.

« Gouverner c’est choisir, » a dit un puissant despote. Donc choisir mal c’est gouverner mal. Comme Sa Grandeur a choisi puisqu’elle se le pouvait permettre, je comprends que quelques prêtres soient consternés de la science de gouvernement qui se manifeste ici.

Je ne me commettrai donc pas avec le vilain masque que Sa Grandeur a choisi, ni avec l’autre masque d’en bas qui s’est choisi lui-même par pur esprit d’humilité sans doute.

Comment pourrais-je descendre au vil langage que j’ai cité et qui est le seul que ces illustres paraissent cultiver ?

Qu’un homme sérieux se présente sous son nom et écrive comme les gens bien élevés doivent le faire, je tiendrai mon engagement tel que formulé. Ce n’est pas moi qui craint de lutter visière levée ! Et il est bien remarquable que ce soient les gens qui prétendent couvrir la religion de leur corps qui n’osent pas se nommer !

Ainsi donc, devant les deux sales plumes dont il m’a fallu dévoiler la bassesse, et la nullité comme savoir, le public me permettra, j’espère, de me retirer avec la même horreur instinctive que ressentirait une femme de bon ton qu’un matelot ivre voudrait embrasser.

J’offre donc à l’illustre cohorte la plus sincère expression de mon dédain.


L. A. DESSAULLES.