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la guérison complète. Car la maladie ne l’a pas atteint dans ses œuvres vives, et la constitution toujours solide n’attend qu’un peu de temps pour se raffermir et recouvrer sa vigueur.

— Alors, Louison, ça va mieux ? Tu te sens assez bien pour venir avec nous ?

— Mais oui. Encore deux ou trois semaines, et il n’y paraîtra plus.

Et Nicolas Montour, cordial, lui serre la main. Il a maintenant pour le gouvernail des attentions singulières.

— Ne porte pas deux pièces, Turenne, c’est trop dans le moment : laisse faire les autres, repose-toi.

Et il le comble de prévenances par ici, et de prévenances par là ; non de prévenances discrètes, mais de prévenances qui insistent pour être remarquées.

Louison n’est plus un petit personnage dans la brigade. Il n’y en a que pour lui. Et s’il s’éloigne encore pour la pêche, le soir, Nicolas Montour le suit, s’assied à côté de lui.

— Et qu’est-ce que tu prends ici, mon Louison ? De l’esturgeon. Mais c’est une fameuse pièce que tu nous a rapportée hier soir. Demain, j’aurai ma ligne, et tu m’enseigneras. J’ai tout à apprendre.

Comme la pêche intéresse Nicolas Montour depuis le fort du Bas-de-la-Rivière !

— Ah ! C’est un bon endroit ici ? Comment le sais-tu ? Où as-tu appris toutes ces choses-là, dans le monde ?

Les flatteries, l’admiration ouverte, la soumission cordiale à un qui en sait plus que lui, transpercent sous toutes les paroles.

Mais Louison, de ses yeux caverneux, jette souvent un regard froid sur ce compagnon si aimable.

— Qu’est-ce qu’il veut maintenant ? se demande-t-il.

Et Montour qui veut calmer le gouvernail de sa présence répétée, qui veut le bien disposer à ses offres, saisit au passage ce regard d’homme ombrageux, défiant, qui connaît son interlocuteur. Il se fait plus humble encore et plus déférent dans ses tentatives pour le désarmer et l’apprivoiser. Car, il

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