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  CLEONICE,  



XCIIII.


Si l’outrageuse loy d’un injuste hymenê
De vous m’osle la part moins parCaite et moins belle,
Part qui peut se secher comme une fleur nouvelle,
Pour la donner à un plus que moy fortuné ;

Deesse, • qui je fus en naissant destiné,
Ou plus que le malheur vous me serez cruelle,
Ou vous me laisserez la partie immortelle,
L’ame, à qui mes escrits tant de gloire ont donn~.

J’abnoy vostre beauté passagere et muable
Comme un ombre de l’autre éternelle et durable,
Qui sur l’aile d’Amour dans les cieux m’élevoit.

Ceste-cy sera mienne et l’autre t aura la Caiote ;
Aussi bien mon amour pure, éternelle et saiDt~,
D’un salaire mortel payer ne se pouvoit ’.


ODE.


De Ines ans la fleur se desteint ;
J’ay l’œil cave et palle le teint,
Ma prunelle est toute ébloüie :
De gris-blanc ma teste se peint,
Et n’ay plus si bonne l’oüle.

Ma vigueur peu â peu se fond ;
Maint sillon replisse mon frunt,
Le sang ne bout plus dans mes veines :
Comme un trait mes beaux jours s’en voot,
lie laissant Coible entre les peines.

Adieu chansons, adieu discours,
.’dieu nuicts que j’appeloy jours
En tant de liesses passées,