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  CLEONICE,  



STANSES.


En fin les dieux benins oni exaucé mes cris !
La beauté qui me blesse, et qui tient mes espris
Enlangueurcontinuè,
Languit dedans un liet d’un mal plein de rigueur ;
Son beau teint devient palle, et sa jeun’e vigueur
Peu à peu diminuë.

Plus grand beur en ce tans ne pouvoit m’advelùr ;
Une heure en son logis on ne l’eust sçeu tenir,
Elle eust fait cent voyages,.
Aux festins, aux pardons d’un et d’autre costé,
Et chacun de ses pas au cœur m’eust enfanté
Mille jalouses rages. .

Pour le moins tant de jours qu’au liet elle sel"a
Nonchalante de soy, ma frayeur cessera ;
Car ceux qui me font crainte,
D’approcher de son lit n’auront pas le pouvoir,
Et peut-estre le tans qu’ils seront sans la voir
Rendra leur flamme esteinte.

Mais, las 1 une autre peur va mon cœur desolallt 1
Je voy qu’elle affoiblit, et son mal violant
D’heure en heure prend ame :
La force luy defaut à si grande douleur,
Les roses de son teint n’ont pas tant de couleur,
Ny ses yeux tant de flame.

Eh bien 1elle mourra. Il’en faut-il tourmenter !
Rien de mieux en ee tan8 je ne puis souhaiter ;
Car s’elle m’est ravie,