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LA JEUNE FILLE

La Correspondance ne renferme que des traits fugitifs comme celui-ci (à son mari, 28 juillet 1844) :


Ce matin, je reçois la lettre et le détail de l’emploi de ton temps. Tu me regardes sur la mer, ô mon cher ami, où j’ai vu de si près la mort sans la craindre, ni la comprendre ; là aussi l’ignorance tient lieu de courage. Je regardais… je n’étais triste que de l’espace et de l’isolement de mon cœur.


Mais voici, plus importante, la glane que l’on trouve, sous forme d’avant-propos, dans le volume de nouvelles intitulé : Huit femmes, qui parut en 1845, chez Chlendowski, l’éditeur des Parents pauvres, de Balzac.


MON RETOUR EN EUROPE


La fièvre jaune, qui continuait ses ravages à la Pointe-à-Pitre, n’avait plus rien à m’enlever. J’allais remonter seule à bord d’un bâtiment en rade qui, pour compléter sa cargaison, devait mouiller à la Basse-Terre, avant de faire voile pour la France.

Il faisait nuit, de cette nuit visible qui change l’aspect des sites, et fait d’autres villes, des villes vues au jour. Ne pouvant soutenir l’aspect de celle-là, j’allai me cacher dans une arrière-chambre basse de la maison qui m’avait recueillie après la révolte et mon deuil. J’attendais que l’heure, dont les secondes taisaient du bruit dans une vieille horloge contre la muraille, sonnât le départ, quand le gouverneur vint offrir, au nom de sa femme, de me prendre dans sa famille, où je pourrais attendre une occasion moins périlleuse de retourner en France. Il