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MARCELINES DESBORDES-VALMORE

sur lui les premiers coups. La Société des Amis de la République une et indivisible demandait au District de charger « quelques ouvriers patriotes d’abattre tout ce qni appartiendrait à la superstition et à la mémoire des rois ».

Le porche de l’église démoli, le chœur profané, l’orgue sans voix, les vitraux brisés, les saints de bois ou de pierre renversés et meurtris, avaient bientôt attesté l’empressement des patriotes à faire la besogne. Finalement, la ci-devant église Notre-Dame était désignée pour recevoir, outre les blés, les chevaux qu’abritait la ci-devant église Saint-Jacques ; et l’on installait, à cette intention, des râteliers, comme on en avait placé déjà sous les arceaux du cloître des Récollets, transformé en magasin à fourrages par un loueur de carrosses.

Le cimetière n’avait pas moins souffert. Il renfermait maintenant autant de cadavres sans sépulture que de dépouilles mortelles inhumées sous les tertres. Dans l’herbe naguère fleurie, à présent empestée par les fumiers qu’on y déposait, les saints, manchots, décapités, mutilés, gisaient…

Un Christ en pierre grise, couronné d’épines, lié de cordes et que l’on avait, lui aussi, précipité de la paroi, derrière Notre-Dame, faisait sur l’esprit de Marceline une forte impression. C’était l’œuvre d’un primitif anonyme, incapable de complaisance et d’industrie. Sa Flagellation représentait un Sauveur trop abreuvé d’outrages et trop saignant de coups pour, à ce moment-là, gracieuser