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MARCELINES DESBORDES-VALMORE

causer, le matin, d’un bord à l’autre. Un grand toit abritait des nids d’hirondelles. Mais le spectacle qu’elles donnaient à Marceline ne valait pas, à ses yeux, l’apparition de sa mère à une terrasse appelée la Plombière, où, parfois, elle venait plier le linge blanc, avant qu’il passât de la corbeille dans les armoires. Catherine se penchait sur la cour…, et l’on eût dit que sa tête fléchissait sous le poids adorable de ses cheveux pareils au lin qu’elle filait.

Une autre image encore se gravait par la répétition dans la mémoire de Marceline. Son père étant administrateur des pauvres de la paroisse, ceux-ci accouraient de la campagne environnante, chaque samedi, chercher leur dû. On balayait le seuil glissant pour les recevoir. On leur coupait le pain d’avance, et c’était Marceline qui leur tendait, à deux mains, la pinte de bière qu’ils vidaient.

Il y avait, parmi eux, un centenaire en casaque rouge rapiécée, qui s’appuyait en marchant sur une béquille de houx et dont l’autre bras projetait un flambeau de résine au bout d’un bâton, pour guider la petite troupe, la nuit venue. Il était coiffé d’une calotte noire et répondait au sobriquet de Bon-Dieu. On l’aimait pour sa douceur et ses bénédictions muettes. Un de ses compagnons, en revanche, effrayait Marceline. Il était vêtu d’un sayon de toile, portait une serpillière sur l’épaule et mendiait avec arrogance, en chantant d’une voix assurée :