Page:Descaves - La Vie douloureuse de Marceline Desbordes Valmore.djvu/234

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
212
MARCELINE DESBORDES-VALMORE

C’était l’époque où Valmore y remplissait les fonctions de sous directeur. Mais sa femme n’avait pas besoin ordinairement de cette nouvelle corde à l’arc dos importuns.

« Hier, écrivait-elle à sa fille, j’ai reçu tant de visites que je suis allée me rouler par terre dans ma chambre à coucher. J’en ai pleuré. »

Une autre fois, ce sont deux princesses qui prétendent l’enlever de force pour dîner chez l’une d’elles. Mme Valmore est au lit, à jeun, par économie peut-être, car, toutes dettes payées, il lui reste un franc pour commencer son mois. Tondis qu’elle décline l’invitation des deux grandes dames, celles-ci vont et viennent en caquetant, font bruire la soie de leurs robes, répandent leur parfum, s’extasient devant ce qui est pour elles une sorte de joujou : un intérieur de petites gens. Entre l’admiration qu’inspire au pauvre la maison du riche et l’admiration inverse, il y a la même différence qu’entre deux personnes dont l’une chante juste et l’autre faux. Celle qui chante faux devrait bien se taire.

Enfin les deux perruches, ravies, regagnent leur voiture qui les attend en bas. Elles ont toujours passé un bon moment.

C’est ce que Sainte-Beuve appelle « l’inintelligence de cœur de certaines gens, les plus polis de surface et les plus avenants en apparence ». Et il en donne pour autre preuve ce passage d’une lettre de Mme Valmore à Pauline Duchambge, qui lui avait suggéré l’idée de demander un ser-