Page:Descaves - La Vie douloureuse de Marceline Desbordes Valmore.djvu/233

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
211
LA MÈRE

À son mari :

Si ce n’était pour un peu d’argent dans le ménage, comme je mettrais de côté toutes mes pauvres pages échevelées et inutiles !

À Pauline :

Je n’ai pu faire le conte demandé. J’écris vraiment avec mon cœur ; il saigne trop pour des petits tableaux d’enfants.


Et voilà l’explication de la différence si grande qu’il y a entre ses Contes et ses Poésies. Elle écrivait les uns pour vivre et les autres pour apaiser son cœur tumultueux. De sa prose, on ne relient que les souvenirs d’enfance, parce qu’elle est impuissante à créer et que tout se résout chez elle en harmonies.

Depuis qu’elle avait élu domicile à Paris (rue d’Assas, en 1841 ; rue de Tournon l’année suivante), Mme Valmore éprouvait tous les inconvénients de la célébrité, inconvénients d’autant plus amers, pour l’artiste pauvre, qu’ils sont généralement sans compensation. Solliciteurs et désœuvrés assiégeaient sa porte, qu’elle ne savait pas défendre. Elle avait eu une servante qui ne voulait pas mentir ni perdre son âme en disant que sa maîtresse n’était pas là.

Cette honnête Auvergnate m’a fait faire trois maladies en introduisant dans ma chambre à coucher tous les oisifs et tous les voyageurs qui venaient me demander des places pour l’Odéon.