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LA MÈRE

Mme Saudeur, une vieille amie qui avait, l’été précédent, donné l’hospitalité à Ondine.

Mme Valmore n’avait pas revu sa « natale » depuis 1817, six semaines avant la mort de son père. Mais elle y pensait constamment. En 1836, elle écrivait au statuaire Théophile Bra, son compatriote :

Donne-moi des nouvelles de la rue Notre-Dame. Je t’en prie, dis-moi si le puits est encore au coin du cimetière qui n’y est plus. Je n’ose pas trop appuyer mon cœur sur notre pauvre ville natale ; il y a de quoi me faire retomber en langueur, et trois ans entiers du mal du pays m’ont fait connaître le triste empire de la mémoire sur la raison.


Chose assez curieuse, dans ses lettres à son mari, à ses enfants, à Bra, à Dulhillœul, elle parle de sa rue Notre-Dame, de celle où demeurait Albertine, de l’église, et elle ne dit rien de la maison paternelle.

Maison de la naissance, ô doux nid, coin du monde,
Ô premier univers où nos pas ont tourné !


En 1817 déjà, ne l’avail-elle pas reconnue ?

En 1840, elle écrivait seulement, mélancolique, à son mari :

J’ai entendu avec grande émotion la cloche qui sonnait l’heure pour mon père et ma mère. Je vois de loin l’entrée de notre rue et j’ai passé en face de celle d’Albertine enfant…