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MARCELINE DESBORDES-VALMORE

Mme Valmore, comme le leit motiv de son séjour à Lyon. Deux mois avant son départ et lorsque de plus pauvres qu’elle, si pauvre pourtant, montaient l’implorer sous sa tuile, elle écrivait :

On n’ose plus manger ni avoir chaud… Tout Lyon est courbé sous des ailes sombres. Je deviendrai folle ou sainte dans cette ville.

Mais voici le plus surprenant. Au-dessus de cette détresse d’une population en proie à sa croyance et aux privations ; au-dessus de l’angoisse d’une famille à la veille de partir « sans savoir ni pour où ni pourquoi », à la fin d’une lettre à Pauline Duchambge et en réponse aux confidences d’un cœur trahi et désolé, roule tout à coup ce cri inattendu, pareil au grondement du tonnerre, l’orage passé :

La seule âme que j’eusse demandée à Dieu n’a pas voulu de la mienne ! Quel horrible serrement de cœur à porter jusqu’à la mort ! Tu sais cela, toi.

Trois ans auparavant, à Mélanie Waldor en deuil aussi d’un amant infidèle, Marceline avait dit :

Vous y pensez toujours, n’est-ce pas ? Chère femme ! Que vous êtes femme ! Vous avez trop souffert pour l’oublier. Oublie-t-on ?

Et quel âge avait-elle aux deux moments de