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L’ÉPOUSE

qui, aux portes de Lyon, différait son entrée en sauveur, à la tête de vingt mille hommes.

Le théâtre, cependant, avait rouvert ses portes ; la comédie et le commerce reprenaient. Mais le feu couvait sous la cendre et la misère devait, un jour ou l’autre, rapprocher les tisons.

Mme Valmore le prévoyait. « La leçon n’est pas comprise par ceux qui survivent. Elle recommencera plus terrible peut-être… »

Ce qu’elle avait écrit à ses amis Gergerès et Émile Souvestre, elle le répétait, peu de temps après, de vive voix, à deux poètes qui, de passage à Lyon, lui avaient rendu visite. L’un était Auguste Barbier, l’auteur des Iambes, et l’autre Brizeux, « ce diminutif de Virgile, » dit Sainte-Beuve, qui lui trouvait une volonté poétique plus forte que sa puissance d’exécution, sans s’apercevoir que cette critique très juste s’appliquait aussi bien au père de Joseph Delorme qu’au père de Marie.

Brizeux connaissait déjà les Valmore et c’était lui qui présentait son compagnon de voyage.

Dans ses Souvenirs personnels, Barbiera raconté qu’ils furent reçus, à l’étage le plus élevé d’une maison triste, laide et vieille, dont les murs ressuaient, par une dame encore jeune, avenante, auprès de laquelle jouaient deux petites filles. Valmore était allé chercher leur frère au collège.

Après avoir remercié les deux hommes d’être venus voir « une pauvre hirondelle sous sa tuile », Marceline leur avait retracé les troubles du mois passé, ses transes, puis elle leur avait fait lire les