Page:Descaves - La Vie douloureuse de Marceline Desbordes Valmore.djvu/16

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
VIII
AVANT-PROPOS

gardées du pays natal », j’ai été tenté d’accomplir à son égard le souhait de Raspail et de retracer la vie de la Bien malheureuse Valmore, amante, épouse et mère.

Mme de Launay et Anatole France ne l’ont-ils pas appelée déjà, l’une « son bon saint Marceline » et l’autre « une sainte femme » ?

C’en est une humainement parlant. C’est Notre-Dame-des-Pleurs, patronne des cœurs blessés d’amour, auxiliatrice des pauvres et des affligés. Et je ne suis, moi, que le nouveau desservant de la petite chapelle sous son invocation.

J’en présente mes excuses aux professeurs et aux critiques professionnels qui regardent Mme Valmore comme un talent de troisième ordre et ne lui pardonnent pas son ignorance avouée, ses obscurités, son insipide romance, ses lieux communs, ses fautes de syntaxe, ses impropriétés, sa réputation surfaite enfin par une dévotion aveugle.

C’est tellement vrai que tout le monde l’a revue et corrigée pour la rendre lisible et non plus risible : Latouche, Antoine de Latour, Sainte-Beuve, Lacaussade, son mari, son fils, les éditeurs, leurs commis…

La pauvre femme ! Comme ils l’ont arrangée ! Ils sont souvent parvenus à la réduire au silence, tel un Pître-Chevalier, qui ne portait bien que la moitié de son nom, lorsque ses observations faisaient dire à Marceline :

« Cette basse continue du maître éteindrait