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LA JEUNE FILLE

C’est ici… Pardonnez, je respire avec peine ;
Mes genoux affaiblis me forcent à m’asseoir.
Ici, tous mes secrets vous cherchèrent un soir…
Oh ! que de souvenirs un souvenir ramène !

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C’est vous, je vous revois toujours belle, Délie !

De mes siècles de pleurs à peine un seul moment.
Semble avoir dans son vol touché ce front charmant.

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Les voilà donc, ces lieux où je donnai mes jours !

Rien n’est changé… que lui, dans ce touchant asile !
C’est le même parfum qui court dans l’air tranquille !
Cette lampe y brûle toujours.
Délie, est-ce là que j’ai souri moi-même
À l’objet adoré que m’offrait ce miroir ?
Qu’il est beau le miroir qui double ce qu’on aime !
Ce portrait qui se meut, quel bonheur de le voir !
Je marche où de ses pieds mes pieds pressaient l’empreinte.
Que de fois, pour tromper l’embarras le plus doux,
Cette harpe, au hasard, parla seule entre nous !
Ces parfums, ces flambeaux, ces brillantes couleurs,
Ces contrastes de mes douleurs,
Ces messagers riants qu’à vos pieds on envoie,
Tout parle, tout s’empreint d’une alarmante joie,
Et mon cœur… oui, mon cœur entend qu’il va venir !

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              En me réunissant à lui

Croyez-vous n’inventer qu’une ruse innocente ?
Je n’ai donc pas souffert ? Regardez-moi. L’Amour
N’est donc qu’un mot frivole, un rêve, un badinage,
Un lien sans devoir égarant le jeune âge
Qu’il brise et reprend tour à tour ?
Je ne sais, mais adieu ! Fière autant que sensible,
Dans l’effroi d’abaisser ma douleur à ses pieds,