Page:Descaves - La Vie douloureuse de Marceline Desbordes Valmore.djvu/116

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


double révélation sur le cœur de Marceline : la moitié suffisait pour la bouleverser.

Cette nouvelle, bonne et mauvaise tout ensemble, elle en fait part à sa sœur Eugénie, nommément désignée et prise pour confidente peut-être parce que l’enfant demeurait en nourrice chez elle ou non loin d’elle, le théâtre étant incompatible avec les soins assidus de la maternité.

Qu’ai-je appris, le sais-tu ? Sa vie est menaeée,
On tremble pour ses jours.
J’ai couru… Je suis morte, et ma langue glacée
Peut à peine… Ma sœur, je l’aime donc toujours !
Quel aveu, quel effroi, quelle triste lumière.
Eh ! quoi ! ce n’est pas moi qui mourrai la première.
Moi qu’il abandonna, moi qu’il a pu trahir,
Moi qui fus malheureuse au point de le haïr,
Qui l’essayai du moins. C’est moi qui vis encore !
Et j’apprends qu’il se meurt, j’apprends que je l’adore.
Le voile se déchire en ces moments affreux !
Comment ne plus l’aimer quand il est malheureux !

Dévorée d’inquiétude, elle est allée rôder autour de la maison qu’il habite… guettant le moment de s’y glisser à la faveur d’une entrée, d’une sortie.

La porte s’ouvre, elle retombe,
Ah ! que ce bruit sourd m’a fait peur :
On dirait que la mort passe auprès de mon cœur.

Restent ses amis. Si elle les interrogeait…

Allons au-devant d’eux, parlez, demandez-leur…
Non, la force me manque et je crains le malheur.