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poésies

C’est la première fois qu’elle a navré mon sein ;
À tous les flots amers de ma vie écoulée
Cette goutte de fiel ne s’était pas mêlée ;
Personne n’avait dit : « S’en ira-t-elle enfin ? »
Oh ! personne ! À présent je suis de trop au monde,
Et j’ai hâte, et j’ai peur d’amasser mes instants ;
Je trompe une espérance !… En vain je la seconde ;
Importune et mourante, on peut vivre longtemps !

Oui, je me presse en vain d’avancer et de vivre.
Quelque anneau tient encor mon cœur ! il se rompra.
Tout ce que j’aime est frêle et meurt ; et pour vous suivre,
Mes chers anneaux brisés, mon cœur se brisera !


LE MAL DU PAYS


Ce front facile à se rider, ces joues légèrement creusées, gardaient l’empreinte du sceau dont le malheur marque ses sujets, comme pour leur laisser la consolation de se reconnaître d’un regard fraternel et de s’unir pour lui résister.
Honoré de Balzac.

Clémentine adorée, âme céleste et pure,
Qui parmi les rigueurs d’une injuste maison
Ne perds point l’innocence en perdant la raison.

André Chénier.


Je veux aller mourir aux lieux où je suis née :
Le tombeau d’Albertine est près de mon berceau.
Je veux aller trouver son ombre abandonnée ;
Je veux un même lit près du même ruisseau.