Ouvrir le menu principal

Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/94

Cette page n’a pas encore été corrigée


des cygnes qui ont enchanté la France orgueilleuse. Au moment où la jeune Allemagne, dans les outrances du patriotisme, eût confondu Racine avec Davoust et traité Molière comme Masséna, Gœthe à lui seul sut maintenir ces dieux étrangers sur les piédestaux où Schlegel ébranlait leurs images. Que de fois il revint avec une admiration pensive vers cette touchante figure de Molière ! Il ne cessa de l’interroger avec une pieuse attention, comme pour lui demander ce secret de la Vie qu’il appréciait si généreusement chez autrui, faute de le surprendre et de le posséder dans sa plénitude.

Cette équité de Gœthe ne se démentit pas un seul instant. La France fut une des patries d’adoption de son esprit. Il avait reçu d’elle Molière et Racine ; il y cherchait souvent Voltaire et Diderot. Sans cesse, il questionnait du regard cette terre des moissons imprévues. Vers les dernières années de sa vie, il y distingua avec bonheur une fermentation étrange qui devait produire une école passagère et d’impérissables chefs-d’œuvre. Ce fut le mouvement romantique qui s’étendit de la poésie à l’histoire, partout caractérisé par le renouvellement des procédés et des systèmes, la curiosité véhémente du passé et l’ardente anxiété de l’avenir. Gœthe rattacha d’un coup d’œil rapide à ce mouvement universel tous les oseurs, quels qu’ils fussent, vinssent-ils de Paul ou d’Apollo. Il y engagea ces trois éloquents novateurs de la Sorbonne, MM. Cousin, Villemain et Guizot, romantiques à leur corps défendant, puisqu’ils renouvelaient de fond en comble la