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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/91

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ne pouvait repousser les brises inspiratrices qui de toutes parts soufflaient des manoirs féodaux où dormait le moyen âge, des palais enchantés où s’était assoupie la Renaissance. Au reste, n’eût-il donné aucun gage au Romantisme, Gœthe pouvait-il ne pas comprendre une forme de l’Art ? Semblable à la Nature elle-même par la largeur de son esprit, comme la Nature Gœthe devait tout admettre, les nuages changeants aussi bien que l’immuable azur, la sanglante aurore boréale tout comme le soleil limpide qui baise le front du Parthénon, le Drame fourmillant de sensations, d’événements et de couleurs, non moins que l’épopée marmoréenne et de Tragédie sculpturale. Gœthe cherchait avant tout la Beauté ; mais quand, dans un art nouveau, il put admirer la Vie plus largement déployée que jamais, il fut saisi d’attendrissement et d’enthousiasme, et il aima Shakspeare ! Il l’aima comme il chérissait les anciens, avec la plus intelligente vénération. Il eût prévenu tous les excès du Romantisme, si les poëtes de la nouvelle école l’eussent cru, comme le docile et grand Schiller. Zélateur d’originalité, Gœthe blâmait l’émulation servile du passé chez ceux qui se mettaient sous le joug de Calderon ou de Shakspeare pour s’affranchir d’Euripide et de Sophocle. Dans ce changement de modèles, il ne voyait qu’un déplacement d’imitation. Cette sévérité alarmée à l’endroit des imitateurs ne le rendait pas injuste pour les maîtres. Tout le dramatique de Calderon, Gœthe l’a si bien compris, qu’il revient plusieurs fois avec admiration sur l’œuvre sublime et