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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/48

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était docte, comme Gautier est savant, comme Swinburne est érudit. Jamais hommes n’ont été plus fiers de ressembler à des ânes !

C’est que l’ignorance systématique est bien plus commode que l’art de récréer et d’instruire à la fois les honnêtes gens. Pour se croire un écrivain, il fallait autrefois disposer de connaissances variées, être muni d’études solides. Bagage inutile et pesant pour nos prétendus novateurs. Il est plus expéditif de cueillir çà et là des notes décousues, de glaner les mots d’autrui, de s’introduire dans les intérieurs, au risque d’être rebuté, d’écouter aux portes comme un valet, d’écouter partout et de convertir en prose telle quelle les documents d’un universel espionnage. A cette besogne un agent de police suffirait. En effet, dans les journaux qui s’achètent par milliers, qu’inventent-ils, qu’ensei gnent-ils, nos contempteurs de la science ?’que donnent ils en pâture à cette faim immense d’un public décuplé ? Des riens et toujours des-riens, et pas même ces bagatelles élégantes et sonores de la prose acadé mique ou de la versification des Claudieri dont ils se rient et qu’ils ne remplacent que par des fadaises insignifiantes et débitées en piètre français. Ne sachant pas grand’chose, que peuvent-ils dire ? La conséquence est logique. Ayez des journalistes tels qu’un Rabbe ou un Carrel, tous deux historiens, un Marrast, dont les dé buts avaient été signalés par des thèses philosophiques, ceux-ci ne seront jamais embarrassés pour nourrir le lecteur de faits et d’idées, tout en l’enflammant de leur passion, tout en l’aiguillonnant de leuresprit. Mais ceux