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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/38

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joue de la flûte, inattentif, en regardant son chien aboyer sur la mer.

Tel est le gracieux amour de l’églogue, amour souriant dans sa brève mélancolie, mais qui devient parfois et violent et passionné. C’est que dans ces natures méridionales, la mollesse, l’abandon, cachent souvent une ardeur plus véhémente, car elle est plus contenue. Une sorte de rudesse s’y mêle ; car ce sont des paysans plus beaux, plus intelligents que les nôtres, mais toujours des paysans. Théocrite, plus habile encore que sincère, a tiré de curieux effets de ce contraste. Tous ces amants ne sont pas heureux, comme celui qui fait un si étrange portrait de sa bien-aimée la Syrienne Bombyka :

« On dit que tu es maigre et brûlée du soleil, et moi seul je trouve que tu as la couleur du miel.

« La violette aussi est noire, et l’hyacinthe, sur laquelle sont tracées des lettres ; cependant les premières elles sont choisies parmi les couronnes.

« Charmante Bombyka, tes pieds sont comme des osselets, ta voix est douce comme l’aubergine, et je ne puis décrire tes qualités. »

Parmi tous ces amoureux de campagne il en est de disgraciés. Voyez ce bouvier dont s’est moquée la belle Euneika. Son sang bouillonne. Il est rouge de dépit, « comme la rose sous la rosée. » Ici ce n’est qu’un amant rebuté ; plus loin ce sera un amant d’un ordre plus relevé en butte aux mêmes défauts ; c’est Polyphème, un demi-dieu, mais un de ces dieux faciles et agrestes qui vivent de la vie du paysan et souffrent ses familiarités.