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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/35

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dans le rôle qu’ils jouent ; ils ont le mouvement et l’aisance de la vie. Leur langage est semé des expressions et des pensées qui appartiennent à leur existence de tous les jours. Rien de mondain en eux ; tout est rustique. Ils causent de leurs génisses et de leurs taureaux, des béliersqu’ils élèvent pour Apollon, de leurs éclisses pleines de fromage. Comatas défie les sauterelles de gâter sa vigne toute desséchée. Lacon en veut aux scarabées qui mangent ses figues et s’envolent au vent, et ce même Comatas aux renards à queue touffue, nocturnes voleurs qui viennent dérober le raisin. Ce sont des campagnards d’une imagination aisément poétique, mais aussi très-brusques par instants, moqueurs et prompts à l’injure. Souvent ils entremêlent sarcasmes et compliments. Autre trait de mœurs fidèlement saisi, car les gens de la campagne sont de grands enfants et ne cessent de se cajoler et de se rudoyer tour à tour. Ces jeunes hommes de Théocrite ont la parole facile et preste des méridionaux, la parole qui traduit plus vivement l’impression qu’elle ne reflète la pensée. Tout est en images, et en images de première main, telles que la nature les présente. Dans leurs compliments, ces agrestes chanteurs se comparent à la cigale ; leur mélodie ressemble « à l’eau qui tombe du rocher. » — « Amaryllis, tu es morte, » dit un chevrier, « je t’aimais autant que mes chèvres. » Cela peut n’être pas toujours simple, mais cela est toujours vrai. Il y a pourtant dans cette vérité même un certain idéal visible par intervalles. C’est surtout dans les Thalysies que nous le découvrons. Un des bergers chante ses