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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/34

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liberté excessive de cette vie parfois solitaire, les fa tigues qui y sont attachées, suscitent et développent la force et la portent jusqu’à son excès, la rudesse. Fraîcheur et âpreté, grâce et force, tel est le mélange plus harmonieux qu’on ne le croirait que Théocrite a trouvé dans l’âme même de ceux qu’il voulait peindre, et qu’il a placé alternativement sous nos yeux avec une remarquable souplesse.

Qu’on ne vienne donc pas reprocher à ces bergers d’être des paysans de convention. Théocrite nous les a montrés tels qu’ils pouvaient être, et il leur a fait tenir un langage qui n’a rien de surprenant dans leur bouche. Songeons que nous n’avons pas affaire à un poëte de cabinet qui chante la campagne et n’a jamais quitté la ville. Tous ces pâtres de la Sicile, Théocrite les avait vus, les avait entendus dans les vallées voisines de Syracuse. Plus d’une fois il s’était arrêté à écouter leurs vieilles chansons ou leurs entretiens tendres et brusques, subtils et naïfs. Et ce sont des souvenirs qu’il nous a donnés. Ce sontbien des paysans qui passent devant nous, paysans du Midi, il est vrai, et, à ce titre, plus sveltes de parole, plus légers d’esprit, plus déliés de sentiment que nos rustres de la Sologne ou de la Beauce. Chevriers, pasteurs, bouviers, moissonneurs, bucoliastes, tous ont le trait distinctif de leur condition. Nulle monotonie dans tous ces parlers rustiques, comme il arrive à Virgile même dans ses Bucoliques, aux modernes à tout moment. Voilà les acteurs auxquels Théocrite s’intéresse et nous attache.

Ces acteurs n’ont rien d’emprunté, rien de factice